Deux principes

Le spectacle qu’il offre sur la scène politique me fait penser à la mise en scène d’un combat de boxe avec Rambo dans le rôle principal. Pas vraiment pour son aptitude à prendre des coups, mais surtout par le côté surréaliste du spectacle. Pour qui est monté sur un ring, Rambo boxeur, c’est à hurler de rire. Et on ne va pas s’en priver même si au bout des cinq premières minutes, voir ce grand benêt avancer sans se protéger pour se faire défoncer la tronche c’est un peu lassant. Avant de zapper je me serai répété “Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est con !” une bonne dizaine de fois. Rambo c’est du concentré d’une “America great again”. Une fois qu’il a reçu la dose qui aurait du transformer son cerveau en bouillie, il a encore suffisamment de ressources pour asséner le coup décisif. Tout cela est exécuté avec candeur. Comme toujours la victoire a été obtenue alors qu’elle devenait impossible et bien sûr cela ne la rend que plus belle.

Quand je vois Trump mettre toute son énergie pour réaliser son mur, je vois une entreprise dont l’immense bêtise évoque pour moi ce personnage bien particulier de la mythologie américaine. Rambo c’est le guerrier vainqueur, celui qui peut refaire dans les limites d’un écran de cinéma une Amérique qui triomphe, ce n’est pas le combattant d’une armée défaite, contrainte de reconnaître au peuple vietnamien le droit de disposer de son destin. Ce qui rapproche Donald et Rambo c’est cet égal mépris à l’égard de ce qui ne se trouve pas du “bon” côté de la frontière. Sinon Rambo n’appartient pas à la même classe sociale que Donald, il est même à l’extrême opposé. La seule façon pour Donald de lui laisser pour un temps l’illusion d’une proximité c’est de lui montrer combien il peut être cruel à l’égard du reste du monde. Il semble avoir pour cela des dispositions naturelles. Tout sa démarche c’est l’utilisation du pouvoir pour l’accroissement des privilèges contre les déshérités, c’est la méchanceté conjuguée à la bêtise dans l’accomplissement du mal.

Le Mexique c’est la porte des vacances pour l’américain moyen. C’est aussi le décor dans lequel il va pouvoir mettre en scène sa virilité. Il y a une collection impressionnante de films qui ont exploité ce filon pour donner une image valorisante de l’homme qui vient du nord à l’égard d’un mexicain dont le rôle est celui d’un figurant où d’un faire-valoir, toujours dans le rôle du méchant. Le texan plus que tout autre appartient à cette race supérieure qui doit faire face à la horde des envahisseurs qui sont des sauvages sanguinaires évidemment prêts à tuer et à violer. Il est vrai que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille dans la zone nord du Mexique, mais on doit aussi se demander pourquoi la violence est davantage localisée dans cette zone par rapport au reste du pays.

Quand Rambo peut permettre à quelques braves citoyens de se complaire dans cette image du héros sanguinolent qui finit par vaincre l’adversité, je n’y vois pas vraiment d’inconvénient. Par contre la perspective de voir le paysage salopé pour des siècles m’est véritablement insupportable. Ce n’est pas une question de frontière, c’est d’abord une question terrienne. Je me moque de savoir si ce mur sera construit sur le territoire américain. Ce n’est pas seulement un ouvrage laid supplémentaire à mettre au passif du dictateur, il peut bien défigurer les zones qui lui appartiennent, mais c’est une atteinte à l’environnement dans une zone où le désert constitue déjà une barrière naturelle, c’est un non sens, et pour son auteur c’est une façon malsaine de se donner du plaisir.

Tandis que l’attention se trouve concentrée sur des actions terroristes envers un pays voisin, on en vient à oublier les deux principes économiques qui devraient être des guides de l’action du président des États Unis.

Le premier point se nomme la propension marginale à consommer et elle fait partie des principes élémentaires de l’économie keynésienne. Cela se traduit par le fait que c’est auprès des populations les plus pauvres qu’une augmentation des revenus va avoir le plus d’effet. Augmentez le revenu de la famille Donald et cela n’aura absolument aucun effet sur leur consommation. Augmentez le revenu d’une famille pauvre au Mexique et l’effet sera immédiat. Inversement si l’on a la cruauté de diminuer le revenu des plus faibles, leur consommation baissera immédiatement. Moins de Coca Cola évidemment pourrait leur être bénéfique mais aussi moins de produits dans les rayons de Walmart, Home Depot, Starbuck et autres étendards de l’empire plantés dans les villes mexicaines.

Un deuxième grand principe qui fait partie des bases en économie c’est celui des avantages à l’échange pour des pays lorsqu’ils se spécialisent dans les productions pour lesquels ils sont les plus performants. Il peut s’agir du coût de la main d’œuvre, des matières premières ou des conditions climatiques. Ainsi l’on voit bien que les américains, gros consommateurs de tequila, de mescal et de cocaïne ont intérêt à importer ces produits, tandis que les mexicains importent du Coca Cola ainsi que d’autres produits fabriqués en Chine et revendus au reste du monde avec une étiquette U.S. Et chez eux les produits électriques contrairement aux nôtres ne nécessitent ni adaptateurs, ni transformateurs.

Le discours agressif, raciste et xénophobe est indigne d’un homme d’état. Il vient un moment où le seul gagnant des combats perdus d’avance doit rester celui qui fait le pitre sur les écrans. A chacun son job Il vient un moment où la seule issue est celle du bon sens qui doit dicter leurs conduites aux dirigeants. Je suis assez vieux pour me rappeler l’avoir déjà entendu :
– Arrétez la merde !

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