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Le temps des copains

Entre copains du Lycée Naval de Brest on se faisait des plaisanteries sur le thème de notre futur mariage. L’une était : le jour où tu te marieras je t’enverrai mes vœux sur un rouleau de papier cul. Dérision par rapport à l’institution mais aussi pour prévenir les traîtres qui auraient voulu s’affranchir d’une démarche dans laquelle les filles n’étaient là que pour nous permettre de faire la démonstration de nos talents de séducteurs. Les pages du web à la longueur indéfinie sont marquées pour moi de cette image de papier cul et c’est pourquoi j’ai écrit mes programmes pour afficher des numéros de pages qui permettent d’avoir des pages à la dimension de l’écran. Il se trouve que ce n’est pas bien compliqué et que l’algorithme est très court.

Relevé bancaire et Facebook

Il y a également un point sur lequel j’ai longuement médité, que vous avez tous constaté, mais sur lequel j’insiste ici parce qu’il a des effets sur notre façon d’écrire : “Le récit sur Facebook c’est maintenant”. On ne commence pas l’histoire par le début mais par l’événement actuel. C’est le même modèle que pour un relevé de banque : on commence par lire les opérations les plus récentes. D’ailleurs si je raconte une navigation ma première page concerne l’escale la plus récente. Pour l’événementiel la logique consiste à commencer par la fin. La problématique est sans doute différente pour raconter une histoire.

Deux raisons d’apprécier Facebook

Facebook est intrusif mais aujourd’hui incontournable. Pour moi il y a tout de même deux raisons qui en font l’intérêt :

– Les posts sur des pages que je n’aurai pas consulté par moi même.

– Les posts d’amis proches qui me donnent de leurs nouvelles où qu’ils soient dans le monde.

Au moins quatre raisons pour ne pas aimer Facebook

– La première raison est liée à la gratuité. Pour ses propriétaires le flux des messages de notre belle assemblée d’amis, ce sont des meta-données, c’est la matière première qui alimente grassement leurs comptes bancaires.

– Le nombre de citations non vérifiées, de formules censées révéler de grandes vérités, d’informations fausses ou biaisées.

– Les posts d’informateurs spécialisés. Je sais que pour la plupart chacun de mes amis est spécialisé sur un thème : humour, défense des animaux, surf, voile, peinture. Il y a les thèmes qui m’intéressent et les autres. En général mes amis ne sont pas trop cons … j’en garde seulement quelques uns dans cette catêgorie pour voir jusqu’où ils peuvent aller ! 🙂

-L’intrusion dans la vie privée, la version moderne des cancans de nos villages. Pour ma part si ne me sens pas concerné par la question c’est parce que ma démarche est bien plus orgueilleuse : je m’adresse au monde puisque j’ai ma place sur le web à la lettr g pour Grainsalt, juste derrière Google. Comment ai-je obtenu ce résultat ? J’ai beaucoup fumé la moquette. Pourtant si vous tapez “roman interactif” vous verrez apparaître mon site Grainsalt.com dans les premières pages … uniquement si vous êtes en France. Si vous tapez “interactive nouvel” aux US vous verrez apparaître des sites qui proposent des pastilles pour la toux. C’est le résultat du référencement dit “naturel” : je ne travaille pas sur mon référencement et je ne paye pas mon référencement. Je sais seulement qu’il y a des pros dont c’est la spêcialités pour occuper le moindre espace sur la toile.

Duolingo

Plus orgueilleux que moi tu meures ! Non seulement je n’ai pas conçu mon site pour m’adresser à mes compatriotes mais je l’ai conçu pour m’adresser au monde ! Je ne sais pas pour vous, mais pour moi la toile c’est la découverte de la modestie. J’ai abandonné des pages en chinois et en arabe. Écrire prend du temps, traduire aussi, même avec Google-translater. Je peux faire des traductions en anglais, j’ai abandonné l’allemand que j’ai appris à l’école puisque je parle anglais avec les allemands et j’apprends l’espagnol avec un outil que je vous recommande : Duolingo. C’est simple, surtout avec une tablette, et c’est gratuit. Sinon cela devrait être remboursé par la sécu pour les effets positifs sur les neurones.

Choisir son cadre pour écrire

J’ai commencé sur le tard et avec la conscience de la difficulté de l’entreprise. Dans mon travail de prof j’ai travaillé sur l’économie le droit et la gestion, mais j’ai choisi l’informatique. Lorsque j’ai trouvé du temps pour écrire je me suis intéressé à la forme avant de m’intéresser au fonds. Je peux dire qu’aujourd’hui j’ai abouti à une conclusion sur ce qui n’est pas un détail selon moi. J’ai fait le tour de mon sujet. Comment ai-je pu passer autant de temps sur la question ?

D’abord parce que je n’avais aucun compte à rendre pour m’offrir de longues pauses. Ensuite parce que ce domaine est celui de l’excellence (encore de l’orgueil) que les génies atteignent immédiatement (faux car les langages évoluent et il faut recommencer) tandis que les autres effacent et recommencent.  Si j’ai beaucoup effacé j’ai aussi progressé.

Écrire dans le durable.

Il n’est plus nécessaire d’écrire quinze pages de programme pour faire bouger la souris. Les ordinateurs tournent plus vite. Les langages sont plus puissants. Ce qui change c’est :
– Un accès à l’autoédition
– Une écriture qui peut viser à l’international
– Une écriture qui peut intégrer des démarches ludiques, pas uniquement des jeux basés sur le graphisme mais des textes, des images et ce que le papier ne peut pas apporter : l’interactivité .

Écrire sur WordPress

J’aurai pu collaborer au travail de développement de Facebook. Je suis trop orgueilleux pour cela. Bien sûr personne ne m’a suivi pour développer Grainsalt, bien sûr je n’ai rien demandé. J’ai choisi mon chalenge.
Je me suis trop intéressé à mon sujet pour consacrer du temps à WordPress. Entre mon site Grainsalt et WordPress la différence est que je suis l’homme orchestre (webmaster-développeur-photographe-graphiste-écrivain) seul maître à bord sur mes pages, tandis que WordPress est une application professionnelle ouverte à tous. Toutes les contributions sur les thèmes de l’actualité et de l’écriture y sont les bienvenus.

Deux principes

Le spectacle qu’il offre sur la scène politique me fait penser à la mise en scène d’un combat de boxe avec Rambo dans le rôle principal. Pas vraiment pour son aptitude à prendre des coups, mais surtout par le côté surréaliste du spectacle. Pour qui est monté sur un ring, Rambo boxeur, c’est à hurler de rire. Et on ne va pas s’en priver même si au bout des cinq premières minutes, voir ce grand benêt avancer sans se protéger pour se faire défoncer la tronche c’est un peu lassant. Avant de zapper je me serai répété “Bon Dieu ! Qu’est-ce que c’est con !” une bonne dizaine de fois. Rambo c’est du concentré d’une “America great again”. Une fois qu’il a reçu la dose qui aurait du transformer son cerveau en bouillie, il a encore suffisamment de ressources pour asséner le coup décisif. Tout cela est exécuté avec candeur. Comme toujours la victoire a été obtenue alors qu’elle devenait impossible et bien sûr cela ne la rend que plus belle.

Quand je vois Trump mettre toute son énergie pour réaliser son mur, je vois une entreprise dont l’immense bêtise évoque pour moi ce personnage bien particulier de la mythologie américaine. Rambo c’est le guerrier vainqueur, celui qui peut refaire dans les limites d’un écran de cinéma une Amérique qui triomphe, ce n’est pas le combattant d’une armée défaite, contrainte de reconnaître au peuple vietnamien le droit de disposer de son destin. Ce qui rapproche Donald et Rambo c’est cet égal mépris à l’égard de ce qui ne se trouve pas du “bon” côté de la frontière. Sinon Rambo n’appartient pas à la même classe sociale que Donald, il est même à l’extrême opposé. La seule façon pour Donald de lui laisser pour un temps l’illusion d’une proximité c’est de lui montrer combien il peut être cruel à l’égard du reste du monde. Il semble avoir pour cela des dispositions naturelles. Tout sa démarche c’est l’utilisation du pouvoir pour l’accroissement des privilèges contre les déshérités, c’est la méchanceté conjuguée à la bêtise dans l’accomplissement du mal.

Le Mexique c’est la porte des vacances pour l’américain moyen. C’est aussi le décor dans lequel il va pouvoir mettre en scène sa virilité. Il y a une collection impressionnante de films qui ont exploité ce filon pour donner une image valorisante de l’homme qui vient du nord à l’égard d’un mexicain dont le rôle est celui d’un figurant où d’un faire-valoir, toujours dans le rôle du méchant. Le texan plus que tout autre appartient à cette race supérieure qui doit faire face à la horde des envahisseurs qui sont des sauvages sanguinaires évidemment prêts à tuer et à violer. Il est vrai que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille dans la zone nord du Mexique, mais on doit aussi se demander pourquoi la violence est davantage localisée dans cette zone par rapport au reste du pays.

Quand Rambo peut permettre à quelques braves citoyens de se complaire dans cette image du héros sanguinolent qui finit par vaincre l’adversité, je n’y vois pas vraiment d’inconvénient. Par contre la perspective de voir le paysage salopé pour des siècles m’est véritablement insupportable. Ce n’est pas une question de frontière, c’est d’abord une question terrienne. Je me moque de savoir si ce mur sera construit sur le territoire américain. Ce n’est pas seulement un ouvrage laid supplémentaire à mettre au passif du dictateur, il peut bien défigurer les zones qui lui appartiennent, mais c’est une atteinte à l’environnement dans une zone où le désert constitue déjà une barrière naturelle, c’est un non sens, et pour son auteur c’est une façon malsaine de se donner du plaisir.

Tandis que l’attention se trouve concentrée sur des actions terroristes envers un pays voisin, on en vient à oublier les deux principes économiques qui devraient être des guides de l’action du président des États Unis.

Le premier point se nomme la propension marginale à consommer et elle fait partie des principes élémentaires de l’économie keynésienne. Cela se traduit par le fait que c’est auprès des populations les plus pauvres qu’une augmentation des revenus va avoir le plus d’effet. Augmentez le revenu de la famille Donald et cela n’aura absolument aucun effet sur leur consommation. Augmentez le revenu d’une famille pauvre au Mexique et l’effet sera immédiat. Inversement si l’on a la cruauté de diminuer le revenu des plus faibles, leur consommation baissera immédiatement. Moins de Coca Cola évidemment pourrait leur être bénéfique mais aussi moins de produits dans les rayons de Walmart, Home Depot, Starbuck et autres étendards de l’empire plantés dans les villes mexicaines.

Un deuxième grand principe qui fait partie des bases en économie c’est celui des avantages à l’échange pour des pays lorsqu’ils se spécialisent dans les productions pour lesquels ils sont les plus performants. Il peut s’agir du coût de la main d’œuvre, des matières premières ou des conditions climatiques. Ainsi l’on voit bien que les américains, gros consommateurs de tequila, de mescal et de cocaïne ont intérêt à importer ces produits, tandis que les mexicains importent du Coca Cola ainsi que d’autres produits fabriqués en Chine et revendus au reste du monde avec une étiquette U.S. Et chez eux les produits électriques contrairement aux nôtres ne nécessitent ni adaptateurs, ni transformateurs.

Le discours agressif, raciste et xénophobe est indigne d’un homme d’état. Il vient un moment où le seul gagnant des combats perdus d’avance doit rester celui qui fait le pitre sur les écrans. A chacun son job Il vient un moment où la seule issue est celle du bon sens qui doit dicter leurs conduites aux dirigeants. Je suis assez vieux pour me rappeler l’avoir déjà entendu :
– Arrétez la merde !

Laitue californienne

A Manchester côté douane, c’est le contexte qui fait que le climat est tendu car après comme avant le Brexit les anglais n’appartiennent pas à la zone Schengen. Il s’agit bien par contre d’un repli sur soi qui restreint les droits de travailler, d’étudier ou simplement de résider des deux côtés du Chanel.

Par contre il paraît que le cours de la livre fait les affaires des européens. Je ne m’en suis pas vraiment rendu compte. J’ai surtout constaté un retour en arrière côté nourriture. Après les meilleurs restaurants lyonnais cela fait un choc. Il y a une orientation industrielle de la production alimentaire qui s’intensifie.

La laitue est devenue difficile à importer depuis l’Espagne. Elle vient de Californie. Bravo pour le développement durable ! Quand au restaurant de mon hôtel il doit avoir des problèmes avec ses approvisionnements en tomates. J’ai droit à une chose baptisée pizza qui n’est en fait qu’une tarte assez immonde recouverte d’une épaisse couche de ketchup. Mon chauffeur de taxi m’avait prévenu : pour bien manger il faut éviter l’hôtel, il faut aller dans les restaurants voisins, ils sont fréquentés par des joueurs de foot.

Il va devenir plus difficile pour les anglais de respecter la règle qui veut qu’il faut manger des fruits et des légumes chaque jour. Davantage de choses enveloppées dans du plastique ou du carton, ça c’est sûr. Cela ne veut pas dire qu’il devient impossible de bien manger en Angleterre ce que je dis est seulement vrai pour les classes populaires.

Pour le plateau repas il faut féliciter Thomas Cook : les emballages sont très réussis. Par contre si l’on veut boire on aura le choix entre du thé et du café à la fin du repas. Bien sûr la vente de boissons fonctionne sans interruption … comme les cartes de crédit.

Avec le Brexit les anglais seront gagnants ? Pour l’instant pas vraiment. Mais comme d’habitude le capitalisme renaîtra de ses cendres. Après avoir détruit les accords passés, les anglais pourront améliorer leur situation de place financière et se conforter dans une position qui en fera davantage encore un paradis fiscal. Je parle uniquement de ceux qui continueront à faire de bons repas aux restaurants, car pour les autres ils auront plus de mal à boire du bon vin français et à manger des pizzas ketchup-free, faites avec des bonnes tomates françaises, espagnoles ou italiennes.

Évidemment Theresa May est là pour nous rappeler qu’elle peut jouer les bons offices auprès du caractériel, mais comme cela lui a été rappelé le grand communiquant n’a pas besoin de ses services puisqu’il utilise directement Twitter. Évidemment aussi la même Theresa peut rappeler que les européens peuvent se sentir mal à l’aise, par rapport à ce qui est véritablement un état, une puissance qui n’est pas prête de tomber en morceaux et qui résistera aux turpitudes de son président qui continuera à faire son show.

Si les européens peuvent se sentir mal c’est parce qu’ils ont été trahis. Parce que leurs dirigeants se sont assis sur leurs votes. Après il faut savoir ce que l’on veut. Une monnaie dans chaque pays avec des beaux murs et des militaires pour fermer les frontières, quel beau projet ! En France on pourra encore ajouter quelques frontières pour l’Occitanie, la Bretagne et la Corse ? Un beau projet avec nos jeunes occupés dans l’armée, dans les douanes et dans la police. Avec un peu plus d’armes pour plaire au grand frère américain, lui qui a eu cette ignoble attitude de nous donner ses conseils sanguinaires lorsque nous avons subi des attentats.

Non cette Europe n’est pas celle que nous attendions. Mais non la suppression de l’Europe nous n’en voulons pas non plus. Nous avons une Europe qui permet de faire circuler de l’argent, des voitures, des touristes et des étudiants. Pour qu’il s’agisse d’un ensemble plus cohérent il faudrait intégrer d’autres institutions, une justice, une police, qui diffèrent selon les états comme aux US, il faudrait surtout une politique commune.

Dans les couloirs de l’aéroport les journaux sont gratuits. Dans les colonnes du “Sunday Times” je découvre un article qui évoque une fonction de “pont” pour Theresa May. Étonnante la dernière phrase : “Beggars can’t be chosers” : les mendiants ne peuvent pas être les décideurs. J’ai parcouru rapidement l’article et je suppose que l’auteur évoquait la posture de la mère Theresa. Il est certain que pour l’empressement à courber l’échine devant les dictateurs on a connu mieux de la part des anglais. On voit bien les effets d’une alimentation pauvre en fruits et en légumes.

Il faut aussi se demander dans quel cadre une Angleterre qui vient de sortir de l’UE (alors qu’elle n’y était jamais vraiment entrée) à envie de jouer. Le Brexit lui serait plus facile avec un leader ayant quelques aptitudes dans le monde de la finance … sinon tailler des croupières à une Europe désorientée n’est sans doute pas non plus pour déplaire à la City.

Il y a cette façon très classe de savoir s’adapter en suivant toujours ses propres règles chez nos amis anglais, mais quand on roule à gauche, quand on mesure en pouces ou en miles tout en perpétuant une aristocratie, forcément le changement c’est jamais n perpétuant une aristocratie, forcément le changement c’est jamais vraiment maintenant.

Manchester-Cancun

5 février 2017

Cela devient une habitude. Pour chacun de mes départs je me trouve confronté aux attentions très spéciales de l’employée chargée de me réceptionner. Refus d’embarquement en octobre sous le prétexte que je n’avais pas de vol retour. Cette fois-ci à Manchester, après avoir scanné mon passeport l’employée me dit qu’il me faut un visa, ce qui est parfaitement stupide. Elle a passé un appel, consulté ses collègues et sa direction. Sa direction lui a donné la bonne réponse : c’est absurde. Finalement elle m’a donné mon billet d’embarquement. En tout ces différentes vérifications auront tout de même pris plus d’un quart d’heure. Dans l’hypothèse où on m’aurait demandé de justifier le fait que je n’avais pas de billet de retour, j’avais tous les justificatifs possibles, mais cette fois-ci le fait que je présente un aller simple n’a suscité aucune interrogation.

Une fois la question du visa réglée, reste celle des bagages. Je n’ai prévu aucun bagage en soute, je dispose d’une petite valise à roulettes qui est parfaitement adaptée pour voyager en bagage acompagné, mais selon l’emplyée elle ne doit pas peser plus de 6 kilos. A l’intérieur il y a mon petit sac à dos et je fais une répartition qui élève mon nombre de bagages à trois.

Direction le contrôle des bagages. Ailleurs c’est rigoureux mais à Manchester ce n’est vraiment pas une plaisanterie. Ma petite valise à roulettes, la sacoche de mon ordinateur et mon petit sac à dos sont en train de faire des petits avec ma tablette, mon chargeur de quai, mon laptop, mes clés, mes dossiers et bien sûr, ma veste et ma ceinture. Mes affaires sont dispersées dans sept bacs en plastique. Je suis fouillé au corps comme les copains. J’ai des difficultés à retrouver des objets qui ont suivi chacun leur trajectoire. Tout est brassé, tout est passé au peigne fin. Un tube de dentifrice presque vide va rejoindre ma valise après avoir été introduit dans un sac en plastique. L’employé fouille chacun de mes bagages et il les fait ensuite passer une deuxième fois dans le scanner !

Une fois passés les contrôles, le duty free fait contraste avec la zone où l’on avait plutôt l’impression d’être les réfugiés d’une zone en guerre. L’opulence et le luxe incitent à croire que certains passagers voyagent pour faire du shoping plutôt que pour voir du pays.

Ensuite je m’inquiète de ne pas avoir trouvé le numéro de la porte d’embarquement sur ma carte d’embarquement mais c’est normal, elle apparaît sur l’écran seulement au moment de l’embarquement. Encore un petit plus pour une ambiance détendue !

A l’arrivée à Cancun nous sommes bien deux cent touristes à faire la queue au contrôle d’immigration. Après plus d’une demi heure d’attente, je donne le formulaire que j’ai rempli dans l’avion, mon passeport est tamponné.

– Bienvenido à Mexico !

Retour au Mexique

Hisse le grand foc ! Tout est payé !
Départ demain pour Isla Mujeres. La période qui vient de passer aura été riche en événements nautiques. Temps record de 78 jours pour le Vendée globe, 40 jours pour le trophée Jules Verne, il y a au moins un domaine où notre pays se montre brillant.

Pour le reste c’est moins sûr. Pourtant notre pays à des valeurs à défendre. Comme j’ai du recourir à la médecine en cette période glaciaire j’ai pu apprécier le bon fonctionnement de notre système de sécurité sociale. Il me semble que mes concitoyens ne voient pas à quel point c’est important et ce mois aura aussi été celui au cours duquel le Obamacare un pâle début de protection sociale aura pu être rayé d’un trait de plume. Comparé à Trump notre Fillon est un enfant de chœur.

Cette période est particulière, la suite risque de l’être aussi. Pour moi cela évoque avril 2002. J’étais à Tahiti et je me demandais vraiment si mes compatriotes n’étaient pas tombés sur la tête. Rappelez vous Chirac et Le Pen en tête au premier tour. Je vois les choses en noir ? Ce sont des ondes négatives qui vont nous mener à la catastrophe ? J’aimerais mieux ! Pourtant il y en a un que je n’attendais vraiment pas, celui là même qui veut nous faire un remake de la grande muraille de Chine en vraiment plus laid entre l’Atlantique et le Pacifique !

De mon point de vue il y a peut être une chronologie qui pourrait être salutaire au moins en ce qui concerne notre calendrier électoral. Quand nous assistons aux désastres que peuvent provoquer le racisme et la xénophobie, nous pouvons espérer que des connexions se fassent chez ceux qui sont les plus perméables aux chants du populisme. Car à observer ce qui se passe chez nos voisins nous assistons aux gesticulations d’un forcené, l’un de ces champions qui ont fait que 1,1% du PIB est partagé par 50% des américains. Quelqu’un qui a largement exploité la population immigrée pour construire ses murs et qui se propose de continuer.

Demain je serai de retour dans un pays où les murs qui ont été construits sont ceux des temples mayas destinés à honorer des divinités. Demain je retrouverai la population du Quintana Roo, dont je n’ai pu qu’apprécier la gentillesse. Parmi ces gens des travailleurs d’une grande habileté, bien que parfois sous-équipés. Parfois aussi j’ai compris que le système éducatif avait ses lacunes.

Évidemment le mur est destiné à fonctionner dans un seul sens. Les mexicains ne pourront plus traverser le désert au péril de leur vie, mais les touristes américains continueront à affluer pour venir siroter leur tequila. Ils savent eux aussi apprécier les beautés de l’endroit. Pas de traversée du désert pour ceux qui débarquent en avion et qui prennent un taxi pour faire du tourisme sexuel avant de rejoindre leur resort. Ces braves touristes ventripotents pourront continuer à exhiber leurs dollars avec un mépris plus ou moins affirmé mais tout de même bien réel.

Evidemment moi aussi je prends l’avion et les voiliers que je vois traverser les océans sont ceux que je vois sur mes écrans. Par contre j’appartiens à un pays qui peut encore revendiquer sa culture et sa place dans une UE difficile à construire. Un pays qui se confronte à un enjeu de taille que les US ont peut être déjà perdu : lutter contre la barbarie d’où qu’elle vienne.

Html et xml

Écrire un programme dans un langage est une forme de communication soumise à des standards impératifs et universels, pour aboutir à une production dénuée de toute référence sensible ou culturelle. Par contre, écrire pour une publication destinée à internet donne l’opportunité d’une publication dans différentes langues. Publier dans différentes langues est techniquement facile. La difficulté est évidemment d’écrire dans des langues autres que celle que l’on a acquises à la naissance. En ce qui concerne les langages, leur apparition comme véhicule de la communication date des années 80, auparavant le langage informatique est réservé à des ingénieurs spécialisés dans des techniques où la maîtrise du matériel est prépondérante. Apparus avec internet, html et xml, sont les cadres nécessaires à la transmission de l’information.

Ce sera Xampp !

Long temps j’ai utilisé WAMP comme localhost. Proust aurait choisi de commencer ainsi son roman s’il avait vécu aujourd’hui. Je suis libre de le croire mais la démarche d’écrire à pour particularité de nécessiter un isolement pour se livrer à des jeux qui permettent d’observer le monde avec le détachement nécessaire. Dans le domaine de l’écriture mon ambition d’égaler Proust s’arrêtera là. Mon œuvre est de nature différente puisqu’elle est fondée d’abord sur une écriture qui procède de l’utilisation de ces drôles de machines qui ont parmi diverses fonctions celle de doter notre cerveau de béquilles.
Longtemps j’ai écrit mais surtout longtemps j’ai effacé. Depuis plus de dix ans je polie mon grain de sel pour le transformer en joyau. Si je n’avais pas disposé de tout ce temps passé au mouillage dans différents ports et autres magnifiques lagons je n’aurai pas persisté dans cette démarche un peu vaine qui consiste à réécrire toujours la même phrase comme Jack Nicholson dans “Shining”.
Je recommande le mouillage pour la production informatique. J’ai eu cette révélation dans la baie de Cook sur l’île de Moorea où j’ai connu des heures délicieuses en partageant mon temps entre la réparation du moteur de mon annexe et l’écriture ure d’une application comptable en ASP. S’enfermer dans un cockpit pour écrire des pages de code dans un tel décor est une des expériences les plus marquantes de mon existence. sans doute parce qu’il s’agit d’une expression extrême de de la liberté. Les pentes qui surplombent le lagon donnaient à l’eau une couleur d’un vert profond. Le vert se teintait de bleu lorsque je tournais mon regard vers l’entrée du lagon bordée de plages de sable. Plonger depuis le bateau pour s’immerger dans cet univers … tant de bonheur après une astreinte à une besogne que vous pourriez supposer aride génère chez moi un plaisir si extrème …
J’ai écrit quelques textes mais j’ai toujours essayé de les présenter dans un moule qui était le mien. WordPress est une exception. Jusqu’alors j’ai ulisé WordPress sans en disposer sur mon localhost. Mes amours me portant vers XML je m’étais dérourné des bases de données.
Mon œuvre littéraire se prépare depuis trop longtemps. “Qu’importe le vase pourvu qu’on ait l’ivresse ?” Ayant été nourri au sein de la technologie j’ai choisi de ne pas négliger le vase et plus qu’un vulgaire pot dans lequel j’aurai pu déverser mes phrases je me suis employé à réaliser l’écrin dans lequel j’allais pouvoir disposer mes phrases. Tout ça pour ça ? Tout ce travail pour en venir à utiliser une application écrite par d’autres ? Que nenni ! Mes structures XML sont prêtes, mon code Javascript a étê patiemment élaboré, mon PHP progresse. J’ai constitué mon capital, il est stocké sur mon disque dur, il se situe également dans les replis de ma mémoire. Il a été construit par toutes ces heures passées à reprendre toujours et encore l’écriture d’une fonction pour lui donner la parfaite exactitude. Il a été construit à partir des sites où un peuple élu confronté ses avis sur les possibilités du code. Je suis développeur plus qu’écrivain. Qui m’aime me suive !
Donc WordPress fonctionne sur mon Asus en localhost. Facile ? Douloureux ! Jusqu’alors j’avais utilisé Wamp. Avec Windows 10 son installation s’est révélée problèmatique. J’en suis revenu à Easyphp. Satisfaisant, mais un passage obligé par Easyphp warehouse m’a coûté 10$ pour accéder à des applications impossibles à installer. J’ai ensuite fait un détour par IIS qui m’a embarqué vers l’installation d’une usine à gaz. Cette démarche a eu le mérite de démonter les limites de mon petit portable à 200 euros et j’ai du restaurer Windows 10. J’ai finalement compris que la meilleure stratégie pour éliminer les nuisances d’IIS consistait à lui donner toute sa place pour l’éradiquer ensuite. Merci aux auteurs du site wpmudev.org pour l’article “How toi install Xampp and WordPress locally on PC/Windows”, qui est utile même s’il n’est pas suivi à la lettre.
Lorsqu’on navigue dans ce labyrinthe on comprend bien que se jouent là des intérêts concurrents de grandes entreprises dont la puissance repose sur la détention de quelques clés. On peut comprendre que leur première préoccupation ne soit pas de rendre ce monde transparent. Enfin ma boîte noire est prête !
Mon premier ordinateur marquait une rupture avec un monde dans lequel il était impossible d’utiliser la même disquette sur deux micro-ordinateurs différents. J’ai cru alors que MSDOS allait devenir le premier standard mondial. J’ai compris depuis que le seul standard était l’argent et il est toujours aussi difficile de brancher la prise d’un ordinateur fabriqué en Europe dans une prise étangère. Pourtant la mondialisation devrait être faite pour nous ?

Jean-Max Thuille

La manif

André a cinquante huit ans. Rien d’extraordinaire, des millions d’êtres humains ont, ont eu ou auront cinquante huit ans, mais pour André, atteindre cet âge aujourd’hui très moyen tient du miracle.
Car depuis ses douze ans André a éclusé des hectolitres de bibine, fumé des tonnes de shitt et snifé suffisamment de rails de coke pour refaire la ligne TGV Nantes-Paris.
« Vous n’êtes pas raisonnable, lui disait le docteur Mahé à chaque consultation. Vous vous ruinez la santé. »
N’empêche, le docteur Mahé a cassé sa pipe à quarante six ans, un bête AVC rédhibitoire. La médecine est un art et la vie d’artiste imprévisible. André, lui, est toujours là.
André Le Gall est ce que les journalistes nomment pudiquement un « marginal ». Pas un SDF, non, André loue depuis des années une chambre de bonne minable sous les toits d’un vieil immeuble sis rue de la fosse, avec une petite vue sur la place du commerce. Ce qui lui permet de programmer son occupation favorite : manifester.
André est trop jeune pour avoir connu mai 68, mais son grand frère Jean a vécu les grandes heures du mouvement. Plus tard Jean avait raconté au petit frère admiratif les combats acharnés contre les CRS-SS, les barricades, les pavés, les lacrimos… Les récits enjolivés et exaltés d’un ancien combattant aigri qui avaient marqué à vie le petit André : lui aussi irait manifester contre les CRS-SS.
André n’a jamais compris le sens du slogan, persuadé qu’il s’agissait d’une simple répétition moqueuse genre « les gonzesses-esse-esse » ou « Sarkozi-zi-zi », ce qui ne l’empêchait pas de scander fièrement « CRS-S-S » à toutes ses manifs.
Et des manifs, André en a connu, des dizaines, des centaines peut être.
Chaque matin il ouvre sa mansarde et se penche vers la place du Commerce, point de départ obligé de toute manif Nantaise. Et dès qu’il remarque un attroupement, des drapeaux, des pancartes il descend systématiquement se joindre aux manifestants.
Peu importe le motif, les revendications, ce n’est pas son problème. Le seul objectif d’André est de participer en espérant qu’un jour un meeting dégénérera, qu’il y aura des barricades, des pavés, des lacrimos, comme en mai 68, pendant la grande guerre. Et qu’il deviendra lui aussi un héros comme son frère Jean, lâchement abattu d’une cirrhose du foie dans le dos.
André a ainsi défilé au côté des fonctionnaires, des lycéens, des paysans, des ouvriers de la navale, des cheminots, des artisans du bâtiment, des sages femmes, des chauffeurs de taxis, des restaurateurs, des profs, sans jamais savoir avec qui il manifestait ni comprendre ce que ces gens réclamaient.
On l’avait vu un samedi après midi suivre des banderoles colorées réclamant « OUI à l’IVG » et le lendemain accompagner des cathos vengeurs hurlant « NON à l’avortement », et il avait même suivi la manif pour tous – la seule où on l’avait applaudi.
Chance, ce matin là la place du Commerce se couvrait d’un attroupement de bon aloi. On entendait les premiers coups de sifflets, des trompes, un haut-parleur dans le lointain qui crachait le slogan du jour, un mot d’ordre dont André se fichait royalement.
Il enfila sa tenue de combat : rangers, froc kaki, blouson de cuir, glissa sa cagoule dans une poche et descendit vers le champ de bataille.
« Jamais d’arme ni de couteau, lui avait expliqué Jean : si tu te fais prendre tu plonges. Mais prévois une cagoule contre les lacrimos, et pour te planquer. Tu ne la mets qu’au dernier moment, sinon tu seras le premier choppé »
Des conseils de pro qu’André suivait scrupuleusement. Pas toujours judicieux toutefois : quand il se retrouvait au milieu d’un cortège de profs son déguisement de chasseur au gros le faisait repérer à cinq cent mètres. Mais bon, il se sentait rassuré.
Aujourd’hui ce n’était pas des profs, ça au moins c’était sûr : quasiment aucune bonne femme. Dommage, les manifs de profs étaient remplies de bonnes femmes. C’est pour ça qu’il adorait les manifs de profs.
Pas des lycéens non plus : trop vieux. Dommage aussi. Il y avait des tas de lycéennes super mignonnes.
Aujourd’hui pratiquement que des mecs, plutôt jeunes, cheveux courts, sportifs… Des profs de gym ! Ouais, en 94 – ou 97 – il avait suivi une manif de profs de gym, c’était le même genre.
Peu importe : il y avait beaucoup de monde, et les gus avaient l’air méchant. Et surtout en face les flics étaient salement nerveux. Woooh ! Ça allait cogner. Génial. Le grand soir, enfin, dès dix heures du matin.
Le cortège s’ébranla donc vers dix heures et partit en direction du cours des 50 otages, comme d’hab. Finalement pas si nombreux : mille peut être – cinq cents selon la police. André avait développé un coup d’oeil comptable redoutable qui lui permettait d’évaluer les effectifs avec une précision toujours confirmée par les chiffres des médias. Sur le trottoir les flics regardaient le troupeau avec méfiance, c’était bon signe.
Loin devant le haut-parleur débitait ses salades, des histoires de salaires sans doute, ou alors de licenciements, des conneries. Par contre aucun cri chez les manifestants, seuls quelques coups de sifflets nerveux agrémentaient la bande son. Un peu triste tout ça.
André jugea qu’il était temps de sortir son slogan magique pour lancer l’ambiance: il s’arrêta en plein milieu du défilé, cala ses deux mains en porte voix et hurla à toutes forces : « CRS-S-S » !
La manif se bloqua sur place. André eut juste le temps de distinguer une dizaine de mecs qui fonçaient sur lui, il sentit une méchante droite, un coup de pied, et puis une mitraillade de directs qui l’envoyèrent valser sur le trottoir où deux flics le trainèrent discrètement derrière une poubelle pour le finir à la matraque.
Groggy, la gueule en sang, le malheureux resta appuyé contre le mur en regardant la fin de la manif passer devant lui.
Au dernier rang quatre costauds exhibaient une immense banderole :
« NON A LA FERMETURE DE LA CASERNE DES CRS »

Jean Jarno

Sans le latin ? Travailler le code et l’enseigner.

“Sans le latin !?” J’ai ajouté à mon titre ce point d’exclamation horrifié suivi du point d’interrogation stupéfait du correcteur de copies pour bien marquer la circonspection avec laquelle j’entends aborder mon sujet. Car ma question est en fait celle-la : “Faut il enseigner l’informatique plutôt que le latin ?” La question est iconoclaste.Pour ma part j’ai appris le latin sur les bancs de l’école. Mes parents, le fils du maréchal ferrant et la fille de l’instituteur, avaient réussi grâce aux efforts qu’ils avaient déployés sur les bancs de l’école. Ils appartenaient à la méritocratie et ils me passaient le flambeau. J’avais conscience de bénéficier de privilèges extraordinaires. Outre celui d’être venu au monde dans une partie du monde appartenant au monde développé, j’héritais d’autres privilèges considérables. Né dans un pays riche de son histoire, de sa culture et de ses traditions, je devais à mon tour assimiler toutes les connaissances qui feraient de moi un citoyen cultivé. Nanti de tous ces privilèges, j’en venais à me demander s’il était bien juste de les accepter. D’autres que moi avaient peut être plus de mérite pour les obtenir. S’ajoutait à cela un goût pour la rêverie et peu de discipline au travail, pour faire de moi un élève très moyen. Au moins en latin j’ai été bon élève. Puisque la réussite en latin permettait de distinguer les bons élèves, je délaissais d’autres matières pour parvenir a l’excellence dan mes versions et dans mes thèmes. Aujourd’hui un doute subsiste : n’aurait-il pas été plus utile d’apprendre une langue vivante ? Car de toutes ces heures passées en de laborieuses traductions, a part le Rosa rosa rosam chante par Brel, il ne m’est pas reste grand chose
A l’heure de la mondialisation je parle anglais mais je trouve mon cerveau un peu lent pour apprendre l’espagnol. Bien sur j’ai appris l’allemand mais avec les allemands on se comprend bien mieux en anglais. D’ailleurs si j’ai appris l’allemand c’est parce que c’était le gage de l’entrée dans les bonnes classes du lycée. Ceci m’amène à une autre question iconoclaste : n’y aurait il pas une constante dans les choix d’apprentissage des langues qui nous amèneraient à recevoir un enseignement des langues des pays qui nous ont dominé : les allemands après les romains (a l’exception bien sur du petit village d’Asterix) dans les domaines économique et guerrier. Puisque nous sommes en Europe, mais dans un pays latin il me semble que j’aurais du apprendre l’espagnol ou l’italien car il y a des pays ou les espagnols ne parlent pas le même anglais que moi. Et puis pourquoi faudrait-il vraiment parler anglais et utiliser des dollars pour exister dans ce monde ?
J’en reviens à mon sujet. En 1997 j’ai créé Partage Micro. J’enseignais la gestion dans un lycée nantais et ce sont les étudiants en BTS informatique de gestion qui ont utilisé le cadre de l’association pour prodiguer des cours sur HTML. C’est à ces étudiants que je dois mon initiation au langage de balises et je les en remercie ici.

En 1999, j’ai quitté Nantes pour Papeete. Après avoir échappé à la météorite que nous avait prédit Paco Rabanne, au naufrage de l’Erika, à la tempête de fin décembre 1999 et au bug de l’an 2000 j’ai travaillé a la présentation du site Web du Lycee Paul Gauguin que je retrouve avec émotion aujourd’hui dans une version plus moderne.

Faut-il apprendre HTML ? La question devrait plutôt être : sera t’il encore possible d’apprendre HTML. Conserver une culture informatique c’est composer avec une dépossession. J’ai tout oublié de MSDOS et si je me réjouis de pouvoir encore écrire des programmes avec un bloc notes, il me semble bien qu’il y a quelques clouds à l’horizon. Peut être vaut-il mieux ne pas consacrer trop de temps a HTML aujourd’hui. Il est souhaitable de passer à CSS et à XML …

En juillet 2004 quand j’ai quitté Tahiti sur mon voilier “Maraamu”, j’ai laissé derrière moi le confort de la prise de quai et avec un ami nous avons échangé ma télévision contre un frigidaire 12 volts. Depuis cette époque je continue à apprécier les avantages que j’ai obtenus de ce deal. Comme je passe le plus clair de mon temps a contempler les flots, j’échappe a la fascination télévisuelle mais lorsqu’il m’arrive de me retrouver confronté a cet objet je demeure interdit aussi bien par la richesse des contenus que par l’énorme quantité de bêtises diffusées sur d’innombrables chaînes. Le plus souvent je reste à l’abri de cet instrument essentiel de l’accoutumance au bruit et à la fureur, de cette étrange lucarne qui formate. Une conviction s’est affirmée en moi : il faut en revenir aux fondamentaux. Durant une veillée au coin du feu je clique et le grand Brassens prend sa guitare pour traiter les questions d’importance et les paroles de “Tempête dans un bénitier” me reviennent comme une antienne. Apres les tempêtes de l’ancien régime, “la fête liturgique”, le “mystère magique”, “le rite qui nous envoûte”, résident aujourd’hui dans cet instrument fabriqué dans un langage qui nous est étranger par des gens dont nous ignorons le plus souvent la langue.

Pourquoi enseigner l’informatique plutôt que le latin ou le grec ? Oui, en fait, la seule question qui importe n’est elle pas de fabriquer des têtes bien faites ? Ne suffit-il pas de trouver le sujet qui servira de prétexte à cette magnifique industrie ? Pourtant, même si l’on considère que l’enseignement doit donner la priorité à une économie de moyens, on comprend aujourd’hui que cette question n’a plus de sens. D’abord parce qu’il ne suffit probablement pas d’affecter les moyens du latin à l’informatique pour faire progresser cet enseignement, mais surtout, parce que ces enseignements sont évidemment de nature entièrement différente. Ils ont un point commun: ils sont la liturgie de leur époque. Comme il est le résultat ultime de la division du travail, l’ordinateur a pour devenir d’être un objet incompréhensible en dehors de la division du travail.
Le numérique désigne aujourd’hui tous ces appareils au design séduisant parés d’une aura de progrès et travestis de slogans marketing. Il est dangereux d’ouvrir la carrosserie de ces objets produits par des sorciers détenteurs de pouvoirs magiques. On oublierait presque que leur fonctionnement repose sur l’exploitation d’une information simple : le courant passe ou bien il ne passe pas. Lorsque nous utilisons cette formule pour rendre compte de la communication avec autrui, nous traduisons par un raccourci un ensemble considérable de perceptions à la fois physique et psychologiques. Ce courant qui passe c’est sans doute la petite lumière qui vient s’allumer dans quelque endroit très intime, dans les replis de notre cerveau et nous résumons tout cet ensemble d’impressions par ce courant qui passe, quelque chose comme un “globalement satisfaisant”.
Il y a dans toute langue une richesse de nuances qui signale l’expression écrite ou parlée comme le pur produit de la pensée. La richesse d’une langue ne peut se comparer qu’à celle d’une autre langue et en dehors de la naissance seules des circonstances exceptionnelles pourront faire que nous maîtrisions plus d’une langue.
En regard de cette richesse le code informatique parait d’une pauvreté affligeante. Au départ ce n’était qu’une succession de ‘0’ et de ‘1’ qui par la manipulation laborieuse des registres de mémoire permettait de réaliser un nombre restreint d’opérations. Ce qui est contenu aujourd’hui dans nos ordinateurs est de nature différente. C’est du travail cristallisé.
Nous comprenons aujourd’hui toute la puissance que revêt ce travail mort. Il est contenu dans les puces électroniques que nous utilisons, mais pour autant il ne reste pas figé. Le premier pas qui a été franchi par le code lui a permis de dépasser un alignement de ‘0’ et de ‘1’ pour permettre l’exécution de programmes suivant des procédures simples décrites par des organigrammes. Le langage informatique n’a cesse de se développer. Pour faire court, le passage à l’algorithme a permis le développement de programmes utilisant des langages toujours plus nombreux et plus puissants. Qu’y a t’il de commun entre un langage et une langue ? Pas grand chose :
– La priorité d’un langage informatique est de faire. Il n’est pas destiné à dire. Il est le contenant et non le contenu. Par contre si la puissance de ses capacités à faire s’étend, il peut prétendre envahir la sphère de la langue lorsqu’il permet de traduire.
Le langage informatique est universel et il se développe selon des critères qui sont uniquement pragmatiques. Pour qu’un langage se développe il faut qu’il soit puissant c’est à dire que l’on pourra faire beaucoup d’actions avec peu d’instructions.
Et enfin le langage informatique est soumis à une évolution rapide parce qu’il s’agit de répondre à un objectif d’efficacité et parce qu’il est universel.