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Que voulez vous que je vous dise ?

Les affaires

Comme s’il fallait constamment qu’un sujet chasse l’autre, comme poussés par une nécessité impérieuse, nos éditorialistes font monter le soufflet sur un sujet, ils nous en abreuvent jusqu’à l’écœurement, sans doute avec la certitude de nous démontrer à quel point ils font bien leur travail, puis ils passent au marronnier suivant. Les voilà qui font des “affaires”.

Comme ils interviennent toujours entre deux âneries publicitaires leur crédibilité reste incertaine mais nous vivons bien dans le même monde ? J’en viens pourtant à douter : les mots employés s’adressent-ils à des individus dotés d’une mémoire ? En tout cas ils me donnent l’impression que ma mémoire n’est pas faite comme la leur. Pour moi les mots employés en font resurgir d’autres. Ainsi je me souviens parfaitement des mots employés lorsqu’une petite frappe avait fait du zèle pour aller se défouler contre des manifestants. Et je me souviens d’avoir trouvé ces mots très excessifs. «L’affaire Benalla » Je me souviens d’avoir très précisément pensé à ce moment là à deux événements. L’un pour la consonance et parce qu’il a longuement marqué mon enfance : l’affaire Ben Bella. Quant à l’autre sujet il en avait été longuement question à l’école : l’affaire Dreyfus. Aujourd’hui si Benalla sort un livre (qui ne doit pas atteindre la valeur de l’encre qui a servi à l’imprimer) c’est uniquement en utilisant l’impulsion médiatique dont il a involontairement bénéficié. Et s’il est définitivement exclu qu’il puisse bénéficier des talents d’un Zola, c’est bien parce que même s’il était nécessaire et évident de s’indigner, cet épisode minable n’est déjà plus une affaire pour ceux qui en ont complaisamment effectué la promotion.

Le problème avec la mémoire c’est qu’il est parfois difficile de l’organiser mais qu’il est facile de la désorienter. Tout peut être déformé, la manipulation des consciences n’est pas un fantasme, elle est est bien réelle. Quand je m’égare à suivre l’information sur mon téléviseur entre une pub pour un parfum et une pub pour ces culottes si seyantes qui ne laissent pas passer les fuites urinaires, je suis saisi d’un doute ... justement à propos de ce film qui vient de sortir sur l’affaire Dreyfus. Et voici les braves commentateurs de notre quotidien lancés dans un nouveau et magnifique combat. Ils nous servent un morceau de leur choix en lieu et place d’un morceau d’histoire et toujours avec un vocabulaire choisi : l’ affaire Polanski bien sûr ! Ah c’est ballot cette histoire, voyez comme ça tombe mal : juste au moment de la sortie du film !

Je vous parie un jambon beurre contre une louche de caviar que cette affaire restera juste assez longtemps pour faire plaisir aux amis américains pudibonds mais adeptes du « pussy grabbing » de Donald Trump. Une nouvelle affaire tout aussi palpitante viendra lui succéder.

Je me souviens de cette lointaine époque où j’avais vu ces deux magnifiques films dans la même soirée : RoseMary’s Baby et Répulsion. Quel talent ! Cela remonte pour moi aux années 70. Roman Polanski ne m’a jamais déçu depuis. Vu l’effort considérable réalisé par nos journalistes pour baver sur cette « affaire Dreyfus » je ne manquerai de me déplacer pour aller voir ce film. Je laisse nos journalistes à leurs ragots et à leurs prochaines et sensationnelles affaires. Ils auront réussi cette double prouesse de faire œuvre de désinformation sur un artiste en même temps que sur un événement historique.