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Le monde selon Grunstein

Routine

Partir ?

Tout ce qu'il fait il le fait encore et toujours pour les autres, mais maintenant c’est terminé. Albert s'est installé au bar et il contemple la mer. En différents ports le patron a donné ce nom « Le bout du monde » à son bar. Au moins cela doit faire plaisir aux complotistes qui croient que la terre est plate.
Tout là bas il y a un voilier qui s’incline avec la brise et qui va disparaître sur l’horizon. C’est décidé, lui aussi il va partir. Cela n’est pas facile de prendre cette décision, mais il y est parvenu. Il a consacré tout son temps et toute son énergie à sa femme, à ses enfants, à ses employés, il est temps qu'il pense à lui-même. Depuis des années il suit un parcours qu'il a voulu sans faute, et aujourd’hui il va tourner la page.
Depuis des années il n'a pas ménagé sa peine pour protéger tous ceux dont il se sent responsable. Son emploi du temps a toujours été surchargé mais aujourd’hui il a décidé de prendre le large et de méditer sur ce temps quotidien qui ne lui appartient plus.
« Jeter l’éponge », « Prendre le large », « Larguer les amarres », toutes ces formules lui reviennent lorsqu'il est lassé de son quotidien. Ce n’est pas simplement une image, il s'appuie toujours sur du concret. Amarré au quai numéro cinq il y a son voilier. Albert fait méthodiquelment l’inventaire de tous ceux qui vont devoir se passer de lui. D’abord il y a sa famille. Sa femme n’a plus ce discours féministe dans lequel elle se déclarait victime d’une double peine quand les travaux ménagers venaient s’ajouter à son travail de secrétaire de l'entreprise. Son entreprise a connu une bonne progression, Anne n’est plus une salariée de ChronoEmpire. Albert dispose à présent d'une potiche et pour le travail ménager il y a une employée qui vient plusieurs fois par semaine. Depuis quelques années son épouse est devenue une femme oisive et Albert s'interroge parfois sur la façon dont elle utilise tout ce temps libre. En clair, il doute de sa fidélité comme elle doit sans doute douter de la sienne
En ce qui concerne les enfants, ils n’ont pas été particulièrement brillants dans leurs études. Albert était trop occupé pour suivre leur scolarité. Les cours particuliers n’ont pas suffi, il a donc financé les écoles privées qui ont permis de limiter leurs échecs scolaires. Aujourd’hui il s'interroge sur l’efficacité de cette démarche. Ils veulent devenir salariés dans son entreprise, ce qui devrait le satisfaire, mais il doute de leurs compétences.
Les employés ? Auprès de ses concurrents Albert est réputé pour être un patron social. Il a fait en sorte que les conditions et travail soient bonnes. Ils sont bien payés, ils disposent d’une cantine et l’organisation des horaires leur est très favorable. Auprès de ses employés il n'a pas la même réputation. Albert aurait aimé que sa générosité soit payée de retour, mais il n’en a rien été.Ils partent dans la minute où la journée de travail se termine, ils traînent après le repas de midi en pianotant sur les réseaux sociaux. C'est pourtant lui qui a créé leurs emplois, en sont ils vraiment conscients ?
Sa famille, ses employés, ils peuvent tous lr remercier. Tout cela c’est grâce à lui. Les succès de son entreprise il les doit d’abord à son habileté de dirigeant. Si demain il prend ses quartiers d’hiver, il n’y aura personne pour le remplacer. Demain si il part, tout ce qu'il a patiemment construit va rapidement s’écrouler, et cela il ne peut pas l’accepter. Une fois encore Albert contemple la mer. Il y a cette ligne à l’horizon qu'il n’atteindra jamais et il est temps qu'il rentre chez lui.

Etre aimé ?

Aimer ? Être aimé ? On voit bien de quoi il s’agit mais la définition ne paraît pas évidente. Il y a tout de même des affirmations universellement reconnues. Aimer c’est bien ? Si nous devons aimer notre prochain comme nous mêmes , nous devons commencer par nous aimer nous-mêmes ? Mais n’est-ce pas là encourager notre égoïsme ?
Et puis il faut donner la place qui revient aux éléments qui nous composent. Un exercice complexe permet à Albert de reconnaître que oui cet être qui lui fait face est bien doté d'un cerveau qui a construit cette fable au nom de laquelle elle demande à être reconnue. Elle appellle cela le romantisme et elle demande à être aimée. Albert la désire et il sait bien ce n’est pas tout à fait la même chose.
Aimer ? Il aurait dû être plus sélectif, élaborer une batterie de tests. Il contemple celle qui lui fait face et il se dit que non, ce n'est vraiment pas possible. C’était mieux avant, évidemment. C’est une histoire ancienne mais il n’a pas le courage de rompre.
Et qu'est donc devenue cette nouvelle entité née d'un état plus ou moins fusionnel ? Est il bien raisonnable de se laisser ainsi envahir par cette autre qui a pris une emprise sur sa vie ? Le couple n'est pas son idéal. Pour satifaire ses désirs la première venue pourrait tout aussi bien suffire.
Aimer ? La belle affaire ! N'est-il pas plutôt souhaitable d'être craint ? Albert ne demande pas à être aimé, il demande toujours de la logique et de la rigueur. Aimer est improductif. Il ne demande à pas être aimé mais il souhaite être craint. Il réserve à son entourage une forte dose de mépris et sur ce plan également il a obtenu une grande réussite. On le déteste, il a fait ce qu'il faut pour cela.

Forfait Vol + Hôtel

Albert a glissé sa carte dans la fente et la lumière a jailli tandis que sa serviette subissait sa chute habituelle et venait atterrir sur le lit. Le frigidaire est bien approvisionné. Albert se sert une bière avant de s’affaler dans un fauteuil tandis que son doigt vient se crisper sur la télécommande du téléviseur. Demain il a un avion pour Singapour. Fabienne le rejoindra à Roissy.

Vol pour Singappour

Roissy

Albert observe la longue file des voyageurs qui avance lentement dans le dédale d'un labyrinthe fait de bandes de tissu. Il aperçoit un guichet libre et il s’y rend directement. L'employée qui l’accueille lui indique que son guichet n'est pas encore ouvert. Il n’en a cure et comme il reste planté là devant elle en lui tendant son passeport, elle finit par s'en saisir avec un sourire contrarié. Il dépose ses valises puis il passe devant les autres candidats au voyage en les gratifiant d'un grand sourire moqueur.

- Tu es déjà revenu ! Dis donc tu as fait vite ! Bravo !

Fabienne a déjà son billet d’embarquement. Elle a toujours salué ses exploits avec enthousiasme. Il apprécie de l'entendre mais aujourd'hui il a l'impression d'une attitude plutôt convenue et c'est assez désagréable. Pourtant il éprouve toujours la même satisfaction à voyager avec Fabienne. Ils font un détour par le duty free. Tandis qu’il s’installe auprès d'elle face à la porte d’embarquement, il est conscient des regards qui se tournent vers lui. Elle a tout de même vingt ans de moins. Fabienne le tire par la manche et elle lui susurre à l'oreille :

- Tu as vu cette bande de vieux cochons ? Ils n'ont pas arrêté de me mater depuis que je me suis assise !

Il jette un regard vers les sièges voisins. La moyenne d'âge est élevée. Pour un voyage à destination d'un pays asiatique, il n'est pas difficile de savoir ce qui motive certains des voyageurs.

En classe Affaires

Ce n'est pas son premier vol vers Singapour, mais les choses ne se déroulent pas comme d'habitude. La place à côté de la sienne est occupée. Sur cette compagnie il occupe toujours la même place. Sa place est libre mais le siège voisin est occupé. Il fait déguerpir l’intrus et Fabienne s’installe. Cela commence mal. Albert est contrarié et il décide d’être exigeant et désagréable avec le personnel du bord. Il teste le siège inclinable et le repose-pieds. Normalement le repose-pieds est réglable, mais celui-là ne fonctionne pas. Il essaie à plusieurs fois sans succès et sa contrariété augmente. Depuis le siège voisin Fabienne lui sourit. Elle lui presse gentiment la main, mais cela ne suffit pas à lui faire retrouver son entrain.

Cérémonial des consignes de sécurité et décollage, mais ce n'est pas comme d'habitude. Il y a quelque chose qui cloche. Lorsqu’il a demandé un oreiller supplémentaire, il n’a pas été gratifié d'un sourire et l'hôtesse lui a tendu l'objet avec condescendance. Il a bien compris qu'elle voulait lui montrer qu'elle accomplissait une corvée. Une petite peste comme les autres ! Bien sûr c'est facile pour eux ! Les hôtesses et les stewards ont tous moins de vingt cinq ans et ils considèrent qu'ils ont affaire à un vieux grincheux. Justement ils vont voir de quoi il est capable, il a plus d'un tour dans son sac. L'hôtesse est venue lui servir un verre de champagne et dès qu'elle s'éloigne il brandit son verre :

- Mademoiselle ! Ce verre n'est pas propre !

C’est pure invention de sa part et il lui semble qu'au lieu de se précipiter pour réparer un incident très regrettable, elle s'applique à marcher lentement vers son siège.

Un regard d'ange

L'hôtesse qui lui présente son plateau repas a un regard d'ange. Il a du mal à détacher son regard d'un visage aux formes douces. Lorsqu’il baisse les yeux il constate que les jolies hôtesses sont utilisées pour distraire l'attention des passagers de la médiocrité des repas. C'est fade et sans goût. Il avale quelque chose qui ressemble à du papier mâché. Dégoutté il repousse le plateau.

Il observe voisins et il s’agace de constater qu'ils ont tous des sourires enchantés. Albert est convaincu d'être le bien le seul dans cet avion à avoir encore un palais. De toutes façons il ne peut pas manger avec un couteau en plastique, il est attaché aux couverts en métal. Sans doute une autre époque. Les souvenirs d'école lui reviennent. L'âge de pierre, ensuite l'âge de bronze, puis l'âge de fer. Il vit une période que l'on appellera un jour l'âge du pétrole. Le problème c'est qu'il y aura encore des pierres et du bronze, mais sans doute bientôt plus de pétrole.

Cabine de pilotage

Son voisin de gauche reste absorbé dans sa lecture. A sa droite Fabienne arbore un sourire satisfait. Elle a toujours une attitude adaptée à la situation du moment. Elle a à peine touché au repas. Elle observe un régime alimentaire très rigoureux. Il approuve, mais pour sa part il s’inquiète assez peu de voir sa taille s'épaissir. Il décide cependant qu'il est temps pour lui de faire un peu d'exercice et il se lève péniblement avant de s’engager dans le couloir.

Au fur et à mesure de son avancée vers l'avant de l'appareil il a la sensation de basculer. A l'évidence l'avion semble avoir amorcé sa descente. Il consulte sa montre. Cette descente est tout à fait surprenante si l'on s'en tient à la durée du vol. Dans cette situation il se sent naturellement entraîné vers l'avant de l'appareil et il se trouve bientôt devant une porte. C'est certainement la porte de la cabine de pilotage. Il se dit que c'est sans doute interdit mais la curiosité est la plus forte.

Il fait basculer la poignée et il pousse la porte qui n'offre aucune résistance. Il s’attendait à ce qu'elle soit fermée. Ce qui l’inquiète davantage c'est qu'il n'y a aucun équipage aux commandes de l'appareil. Les deux fauteuils sont vides. Cette découverte est vraiment trop invraisemblable. Albert a besoin de faire une pause pour réfléchir et il s’écroule dans l'un des fauteuils. Après tout puisque la place est libre on serait mal venu de lui reprocher de s’installer.

Depuis qu’il est assis il a l'impression que l'appareil a cessé sa descente. Est-ce bien la cas ? Peut être la sensation est elle différente maintenant qu’il est assis ? Cependant il se dit que la situation est complètement folle. Il voit toutes sortes de cadrans et d’écrans mystérieux. Des chiffres qui défilent, des aiguilles qui s’agitent. Il suppose que tout est normal, la seule anomalie c’est qu’il est le seul dans la cabine de pilotage, lui qui n’a jamais voulu s’investir dans ce genre de travail. Conduire un avion c’est sans doute plus noble que de conduire un bus mais c’est comme même un travail d’exécutant. Rien à voir avec la noblesse de ses fonctions de manager. En tout cas sur cet avion tout fonctionne de travers. D'abord des petits détails et puis cela n'a fait qu'empirer. Il n’aurait jamais dû monter dans cet appareil. C'est comme pour les restaurants. Il se souvient de ce qu’il a souvent expliqué à Fabienne :

- Si en t'installant à la table d'un restaurant tu constates le moindre défaut, tel qu'un couvert ébréché ou une serviette mal pliée il faut immédiatement quitter les lieux.

- Pourquoi ? Ces simples détails ne signifient pas que la cuisine sera mauvaise ?

- Mais si bien sûr ! Si un restaurateur n'est pas capable de gérer des détails aussi simples comment peut on être sûr qu'il est capable de maîtriser une recette un tant soit peu élaborée ?

Sur ce point il a souvent constaté qu’il avait raison. Depuis qu’il a mis les pieds dans cet avion il est allé de déconvenue en déconvenue. C'est de pire en pire mais la différence avec un restaurant c'est qu'il est impossible de descendre d'un avion en vol. Il s’efforce de se raisonner : l'équipage est certainement installé ailleurs dans l'avion. Ils ont mis le pilote automatique et ils doivent taper le carton dans quelque recoin de l'appareil.

Un autre verre de champagne ?

Albet bat en retraite, d'ailleurs il ne se sent pas très bien et il dirige ses pas vers les toilettes. Apparemment le personnel chargé de l'entretien n'est pas à la hauteur. C'est immonde et en sortant il est décidé à faire part de son indignation auprès d'une hôtesse. Il avise une porte sur laquelle figure un avertissement : "Réservé au personnel" Il estime qu’il est suffisamment en colère pour passer outre. Lorsqu’il ouvre la porte il reste sans voix. Protester sur la tenue des toilettes semble tout à fait déplacé quand à l'évidence il se trouve ici dans un local technique à présent utilisé pour d'autres activités. Il semble que les acteurs d'une séquence torride ont si bien chahuté qu'un bac en plastique s’est renversée. Un liquide brunâtre s'est répandu sur le sol au milieu des immondices. Dans ce décor se déroule une scène qui fait partie des grands classiques. Il reconnaît l'hôtesse qui lui a apporté son repas dans le personnage principal. Elle est besognée par le stewart et elle prodigue ses soins à un monsieur. Elle ne veut pas se laisser distraire de l'oeuvre qu'elle accomplit en se conformant au principe de bonne conduite qui veut que l'on ne parle pas la bouche pleine. Le stewart qui n'a pas les mêmes contraintes tourne la tête vers lui :

- Désolé Monsieur cette pièce est réservée au personnel !

Confondu par son extrême politesse et par l'exactitude de la remarque, Albert referme discrètement la porte. Il s’est réfugié sur son siège. Il est décidé à ne plus en bouger avant l'atterrissage. Il est monté dans un avion contrôlé par une bande de malades et de pervers. Il sait maintenant pourquoi il n’a trouvé personne au poste de pilotage : au lieu d'assurer le confort et la sécurité des passagers les pilotes et les hôtesses s'envoient en l'air. Il est à peine assis qu’il a une impression étrange. Son malaise ne fait que s'accroitre. Il lui semble ne pas reconnaître certains des visages qui l'entourent. Il a l'impression d'un ensemble assez homogène mais il n’en plus aussi sûr à présent. Ce monsieur qui égrène un chapelet n'était pas là tout à l'heure. Et ces enfants qui chahutent sur leurs sièges n'étaient pas là non plus. Cette place là au premier rang était vide. Elle est à présent occupée par un gros monsieur dont les bourelets de graisse débordent du siège. Comment est-ce possible ? Et puis voila l'hôtesse qui s'avance vers son siège :

- Vous souhaitez prendre un autre verre de champagne Monsieur ? Elle est gonflée celle là ! Il lui semble bien que la dernière fois qu’il l’a aperçue, son nez se trouvait placé entre deux jambes qui n'étaient pas les siennes et elle accomplissait une tâche qui ne devait pas avoir été inscrite dans le plan de vol. Pourtant son regard parait si limpide, son sourire reflète une telle innocence, qu’il en reste perplexe. Il parvient tout même à articuler :

- Oui Mademoiselle, s'il vous plait.

Après tout c'est à elle qu’il doit s’adresser, car s’il s’en tient à une image qui est restée dans sa mémoire elle se trouvait récemment dans une position qui la rendait très proche du personnel naviguant.

- Dites moi mademoiselle ... Il y a bien un commandant à bord de cet avion ?

- Bien sûr que non Monsieur ! Il y a longtemps qu'ils ont été supprimés, cela coûtait trop cher ! Vous désirez autre chose ?

Bien sûr elle se moque de lui. comment se pourrait-il vraiment qu'il n'y ait personne aux commandes ? Il ne parvient pas à imaginer un tel cas de figure. Pour lui c'est une impossibilité. Un avion ne peut pas voler sans pilote, de même qu’il y a toujours eu quelqu'un quelque part pour présider aux destinées du monde.

Il constate que son voisin a finalement détaché les yeux de son écran. Il va probablement visionner un nouveau film. Avant qu'il ne fasse sa sélection, Albert se tourne vers lui :

- Bonjour ! Savez vous s'il y a un Commandant de bord sur ce vol ?

- Je ne sais pas mais il est possible qu’il n’y en ait pas. Aujourd'hui voyez vous, nous devons faire confiance à des systèmes automatiques. Ainsi voyez vous le marché ...

- Le marché ?

- Tout le fonctionnement de notre économie repose sur des mécanismes de marché. Ainsi supposez que l'offre augmente, que se passe-t-il ?

C’est à un vieux routier de la finance qu’il s’adresse. Qu’est-ce qu’il croit ?

- Voyons c'est très simple si l'offre augmente les prix baissent.

- Exactement ! Et comme les prix baissent les profits diminuent, et si les profits diminuent les entreprises vont avoir tendance à diminuer leur offre et les prix remonteront. Vous voyez bien comme tout cela est simple.

- Je le vois bien, mais en ce qui concerne cet avion, je ne vois vraiment pas pourquoi nous pourrions nous passer d'un Commandant de bord !

- Vraiment vous ne voyez pas ? Pourtant c'est évident ! Si l'avion monte il suffit d'utiliser un mécanisme très simple qui va détecter ce phénomène et déclencher une action qui va permettre de remettre l'avion au bon niveau. Vous voyez bien comme c'est simple ! Le Commandant de bord ne fera pas mieux !

Mayonaise

Son voisin considère que sa démonstration est parfaitement claire. La discussion étant close, il enclenche un bouton pour visionner une nouvelle vidéo.

Albert a renoncé à poser à son voisin la question qui l'inquiète : et pour l'atterrissage ? Décidément il n'est pas tranquille et il retourne à la cabine de pilotage. Il y a un pilote. Il est soulagé. Un vieux monsieur est assis dans le siège du pilote.

- Vous êtes le Commandant de bord ?

- Absolument pas ! Je passais par là. Ici les sièges sont beaucoup plus confortables.

- Il n' y a donc pas de pilote ? Pas de Commandant de bord ?

- A proprement parler non. Si vous voulez une réponse claire à votre question, personne ne dirige quoi que ce soit dans cet avion. Vous êtes étonné ? Moi cela ne m'étonne pas. Avant j’étais comme vous, il me paraissait absolument normal que quelqu'un soit responsable à bord d'un avion. Et en fait ...en fait non ! En tout cas pour ce qui concerne cet avion en particulier. On peut même dire qu'il s'agit d'un vol un peu spécial. Tout s'est passé comme d'habitude au décollage, et puis il y a eu un problème. Le pilote et le copilote on tous les deux été victimes d'un malaise.

- Vous pouvez m'en dire plus ?

- Un problème de toxine dans la mayonnaise. Le Commandant de bord et le copilote ont été atteints. D'après mes informations ils étaient tous les deux accros de sandwichs au thon avec beaucoup de mayonnaise.

- On ne peut tout de même pas laisser cet avion continuer ainsi. Ça va mal finir !

- Vous avez raison. Pourtant si voulez mon avis le mieux que vous ayez à faire c'est de vous asseoir tranquillement. Jusqu'à présent tout s'est bien passé. Le pilotage automatique fonctionne et vous pouvez constater que notre appareil reste parfaitement stable. Et puis il se peut très bien que nos pilotes sortent du coma.

Albert doit en convenir : les sièges de l’équipage sont particulièrement confortables. Si Albert fait le bilan, la situation s’est tout de même considérablement détériorée. Hier encore il régnait sans partage.

ChronoEmpire

Partenaires

Ils convoqué Albert. Ils sont trois et ils sont sans doute persuadés que cela va suffire pour l'impressionner. Ils lui tiennent le discours auquel il était préparé et il attend tranquillement qu’ils terminent l’énumération de leurs griefs. Albert sait qu’ils ont pour seul mérite d’être bien nés. Papa a payé les cours d’une école de management et ils récitent leur catéchisme, ce recueil de formules qui permet à ces fainéants d’insulter l’esclave qui les engraisse. D’où il ressort que ces messieurs s’interrogent sur les résultats de l'entreprise. Les résultats de ChronoEmpire sont très en deçà de leurs attentes. En fait ils connaissent fort peu le fonctionnement de l'entreprise dont ils ont hérité. Les seuls résultats qui les intéressent ce sont les dividendes qu'ils espèrent toucher. Albert est assis en face de ces trois fantoches et il a sorti son coupe-ongles. Cela sera le seul signe par lequel il leur exprimera son mépris. Sa formation à lui c'est toute la dureté qu'il a reçue en se confrontant à des problèmatiques qu'ils ont été& incapbles de gérer. Ils ne donnaient pas cher de sa peau mais Albert a maintenu le chiffre d’affaires dans un secteur qui périclitait. Ils le savent et Albert sait qu’ils n’ont personne pour le remplacer. Ce qu’ils ne savent pas c’est qu'il a un plan pour les éjecter. Son discours sera courtois et il ne sortira pas en claquant la porte. Il a préparé une sortie plus élégante.

Rompre ?

Albert n'aime pas cette ambiguïté. il est décidé à rompre mais le problème c'est que c'est un domaine dans lequel il est lâche. Cela sera plus facile au téléphone. De toutes façons il ne peut plus reculer. il devait la retrouver ce soir et justement ce n'est pas elle qu'il a invité à dîner. Elle ne mérite pas cela. il sait qu'il va se montrer injuste et cruel et, au moins en ce qui concerne les femmes, il n'aime pas ce rôle.
Albert a encore quelques courriers à signer et le Directeur Adjoint a encore une question urgente a traiter. Avec lui c'est toujours urgent et très important mais Albert l'expédie rapidement.
Il se fait tard. Il est enfin seul dans son bureau. Il est temps de régler la question. Il l'appelle. Il a préparé des formules définitives mais a présent ses résolutions ne tiennent pas. Il y a dans sa voix une intonation dont il ne peut briser le charme. Non il ne peut pas la retrouver ce soir, il invoque dans l'instant une réunion de travail tout a fait imprévue. Il a une telle habileté à mentir que cela le surprend lui-même. Il n'a vraiment aucun courage.

Est-il onscient ?

Son reflet dans la glace a changé chaque jour mais de façon si imperceptible qu'il ne s'en est pas vraiment soucié. Pourtant son image a changé. D'ailleurs il a constaté que l'on ne s'adresse plus à lui de la même manière, il semble que vous êtes devenu plus respectable. Est-il devenu plus sage ? Il n'en est pas sûr, car si sa réflexion est devenue plus fréquente il n'est pas sûr qu'elle soit devenue plus féconde car les neurones qu'il a perdus se sont évanouis à tout jamais. Tandis que son corps a subi les agressions du temps, il tente de se rassurer. Ses pieds sont bien plantés dans la terre. Il sent un appui solide, pourtant les nouvelles ne sont pas bonnes. Des monticules d'imondices s'élèvent, des nappes de pétrole envahissent les océans, des usines nucléaires s'affolent et du gaz s'échappe dans l'atmosphère. Albert sait tout cela et cela n'a rien à voir avec le discours désinvolte qu'il tient sur ces sujets graves.

Au bord de la piscine

Consciente ?

Fabienne est installée au bord de la piscine et elle a demandé à Chéri de lui apporter un verre de Chardonnet. Il s'est allongé prés d'elle. Elle sent la chaleur du soleil qui lui brûle le dos et les doigts de Chéri viennent caresser sa nuque tandis qu'elle déguste le vin à petites gorgées. Tout va bien mais voila encore ces trois filles qui font leur entrée. Elles se jettent à l'eau en poussant des grands cris et en riant. D'habitude elles portent de longues robes noires mais là elles portent des maillots de bain, des pièces de tissu vraiment minuscules. Fabienne les a bien reconnues malgré leurs déguisements. Chacune a des traits qui lui sont propres et elle est maintenant capable de les reconnaître malgré tous les tours dont elles sont capables. Il y en a une qui a une voix qui ressemble au croassement d'un corbeau et il y en a une autre qui vomit des crapauds lorsqu'elle parle. La troisième ne cesse de faire des grimaces et de lui tirer la langue. Et puis il y a ce bruit qui envahit l'espace, un bourdonnement énorme. Fabienne a dit à Chéri que ça ne va pas du tout, mais il ne répond pas. Et puis il y a ce gros nuage d'insectes qui est apparu au dessus de la piscine. Fabienne le montre à Chéri mais elle comprend qu'il ne le voit pas et qu'il n'entend pas le bruit de ces milliers de battements d'ailes.

Un cycle

Une vieille usine

Le père d'Albert lui a laissé une vieille usine. L'entreprise produit des montres. Le personnel est très qualifié et le patron se plait à dire que ses ouvriers sont sa fierté. Malheureusement dans la dernière période il semble que le patron qui se déplace de plus en plus difficilement a perdu le contact avec ses ouvriers. Ils passent beaucoup de temps sur leurs téléphones et semblent de moins en moins intéressés par leur travail. Ils ne font un effort suplémentaire que s'ils sont assurés de toucher une gratification.
En ce qui concerne les cadres leur mode de rétribution semble avoir eu des effets pervers. Ils négligent les petits marchés sur lesquels les commissions sont faibles. Parfois même ils les pénalisent, alors qu'ils offrent leurs meilleures conditions aux clients qui représentent les plus grosses parts de marché. Il ont oublié le concept "Small is beautiful". Plutôt que de culture d'entreprsie c'est un culte de la rétribution qui s'est installé.
Les employés eux mêmes ont pris de mauvaises habitudes. Il passent un temps considérable devant la machine à café pour bavarder ou devant leurs téléphones. Plutôt que de culture d'entreprise il faut parler pour eux d'une inculture avec cette vision d'un monde qui fonctionne comme dans leur univers borné où tout peut s'acheter.
Pour avancer il faut produire. Au maximum Albert peut produire 10. Le coût de production par unité est de 1. Pour une production suplémentaire de 3 unités, l'endettement est de 2.
La banque et les fournisseurs ne manqueront pas de faire payer leurs services et tant que des produits ne seront pas vendus et son net income restera virtuel.

Produire

Intérêts bancaires, problèmes avec les fournisseurs, Pour une production de 3 les charges sont de 2. Au final tout dépend des ventes. Emballages, spots publicitaires, rien ne sera négligé pour faire vendre nos produits. Les ventes sont représentées par des coeurs : quand les clients aiment nos produits. Albert vend des montres de luxe et c'est un effet de snobisme, sa marge est de 100%.

Des invendus

Il n'a pas tout vendu. Il lui reste des produits sur les bras. Avec cette marchandise qui ne s'écoule pas il se demande s'il devrait pas cesser son activité.

Tout est vendu

Tout est vendu exactement comme il l'avait prévu. Il s'adresse des félicitations.

Une demande excédentaire

Il aurait pu faire mieux. La demande a dépassé ses anticipations.

Pensée positive

Albert n'a pas cotisé pour sa retraite. Il lui reste un stock de montres.

Albert coupable ?

Albert coupable ?

Le nombre de ses voyages a rendu la probabilité de mourir dans un crash plus élevée.

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

GAGNE !
Ce n'est pas un suicide c'est un crash

Fabienne coupable ?

Fabienne

Fabienne occupe ses journées à se faire les ongles. Sa bonne humeur est indestructible, elle a toujours le sourire. Elle aime les forts et Albert fait partie des forts. Il peut être un refuge en cas de séisme, un abri dans la tempête, car jamais il ne lui fait part de ses inquiétudes. Ceux qui ne la connaissent pas vraiment disent qu'elle n'a pas de profondeur et que chez elle tout est superficiel.
Fabienne peut avoir un discours d'un grand sérieux, sur des questions d'argent par exemple. Mais le plus souvent son attitude indique que pour elle rien n'a vraiment d'importance. Ses amis trouvent cela charmant. Cest une intonation dans sa voix, cette manière de passer une main dans sa longue chevelure blonde, ces éclats de rire qu'elle semble ne pas pouvoir maîtriser ... Ses amis adorent et elle ne manque jamais de leur faire plaisir.
Donc elle est seule au volant de sa voiture. Elle sort de cette soirée où tout était absolument charmant. Elle roule dans cette rue que Jules traverse à pied. Elle pense encore à cette crise de fous rires avec ses amies au moment du dessert. Cela déclenche chez elle ce geste que tout le monde apprécie. Sa main lâche le volant pour venir caresser ses cheveux, mais au même moment son cabriolet passe sur une ornière. Ainsi que le rapport de police l'a ensuite établi elle a alors totalement perdu le contrôle de son véhicule.
La vérité lui a semblé peu racontable. Lors de l'enquête de police elle a prétendu avoir été victime d'un malaise. Elle a confié la défense de ses intérêts à sa compagnie d'assurance et à son avocat. Elle ne viendra pas voir Jules sur son lit d'hôpital car elle n'est pas sûre qu'il puisse apprécier sa désinvolture.

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

PERDU !
Ce n'est pas Fabienne ...

Anne coupable ?

Anne

Albert son époux lui doit sa position de manager dans l'entreprise familiale. Albert fait tenir l'entreprise grâce à son travail. Il l'aime ? Vraiment ? Et sans lui, que deviendrait elle ? Peut on vraiment appeler amour une relation basée uniquement sur l’intérêt ? Parce qu'en fait c'est bien de cela qu'il s'agit et elle le sait bien puisque c'est elle qui l'a voulu ainsi. C'est un accord qui dure, rien n'a jamais été vraiment dit, c'est un accord tacite. Il occupe un poste qui lui apporte une sécurité matérielle et elle gére le quotidien. Les courses le ménage et les devoirs des enfants c'est pour elle. Lui il a des dossiers à terminer, une équipe à gérer, des réunions qui s’éternisent le soir et des voyages d'affaire.
Il a une maîtresse, elle s'en doute depuis quelques semaines, maintenant elle en est certaine. Cela fait partie des sujets dont elle a décidé de ne pas parler. Sans doute une femme plus jeune et plus belle, mais Anne reste sans inquiétudes. Ce n'est pas la première fois. C'est elle qui tient la situation sous contrôle. Elle le connait suffisamment pour savoir l'importance qu'il donne à l'organisation de son existence. Il est méthodique et dans tous les domaines. Elle sait qu'elle représente pour lui celle qui ne le fait plus rêver mais qui reste une valeur sûre pour toute la partie domestique de son existence.
Il lui arrive de lui dire qu'il l'aime, et dans ces moments elle se dit qu'il ferait mieux de se taire. Ses intonations ne laissent aucun doute sur le caractère conventionnel et contraint de cette déclaration. Il l'aime ? Allons donc !

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

PERDU !
Ce n'est pas Anne l'épouse bafouée...

Bruno coupable ?

Bruno

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

PERDU !
Ce n'est pas Bruno ...

La mafia ?

Mafia

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

PERDU !
Ce n'est pas la Mafia ...

John coupable ?

John

Il faut du cash

La maison fait crédit

Alors ?

Vous confirmez ?

Verdict

PERDU !
Ce n'est pas la John ...