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Le monde des Chevalier

Chloé

Ma grande passion

L'école a toujours été ma grande passion. Il fallait bien qu'il y en ait une dans la famille. C'est comme ça, j'ai toujours aimé travailler en cours et je suis toujours revenue de l'école avec des bonnes notes. Tout l'opposé de ma sœur. Chacune sa spécialité. Moi ma grande passion c'est de faire des expériences de chimie. J'e me suis fait mon laboratoire dans une petite pièce derrière la salle de bains. Même cela ma sœur ne l'a pas respecté. Je sais qu’elle a fouillé dans mes tiroirs.
Elle croyait qu'elle allait trouver des amphétamines pour s’envoyer en l’air. Depuis Papa a posé une serrure sur la porte de mon laboratoire. Je sais qu’elle espionne tout ce que je fais, mais moi je sais ce qui se passe dans sa chambre. On dirait qu'elle le fait exprès. Cela ne m'intéresse pas, mais je ne peux pas éviter de l'entendre, même avec la salle de bains entre nos deux chambres. Sa musique est toujours à fonds. Elle aime quand ça fait du bruit.
Il y a des garçons qui sont montés avec elle. Elle ne savait pas que je n'avais pas cours cet après-midi là et j'ai tout entendu. J'ai entrouvert ma porte et j'ai compris qu'il n'y avait pas un seul garçon mais deux. Ils ont commencé par discuter avec des grands rires et puis je n'ai rien entendu pendant un moment. Ils ont sûrement fumé de l'herbe cela sentait encore le lendemain dans le couloir. Ensuite ils se sont mis à pousser des gémissements tous les trois et il n'était pas difficile de comprendre ce qu'ils étaient en train de faire.
Chaque fois qu'elle sait que Maman est sortie, Christine en profite. La fois où elle a fait venir ces garçons elle croyait que moi aussi je n'étais pas là, mais de toutes façons ça lui est bien égal. Elle fait exprès de me provoquer. Son truc favori c'est de tortiller son cul et de me défier quand elle me croise dans le couloir. Elle aime bien aussi me montrer des petits paquets et les renifler en me regardant et en se moquant. Si elle croit que je ne sais pas ce que c'est ! Ça sent suffisamment fort dans sa chambre. Je sais bien que ça coûte cher et je suis certaine qu'elle vole de l'argent dans le sac de Maman.
Mon père n'est pas vraiment présent. Je préfère quand il est sévère et je crois bien que c'est pareil pour ma sœur. On a plutôt l'impression qu'il est là uniquement par obligation et que sa vraie vie est ailleurs. Avec Maman il semble avoir toujours la même attitude, mais on sent bien que ce n'est plus comme avant. Il emploie toujours les mêmes mots, "Ma chérie", "Mon amour", mais c'est juste par habitude, juste pour nous faire croire que tout est comme avant.
Pour Maman il semble bien que c'est du pareil au même. Elle aussi elle a trouvé son petit paradis sur terre, elle avale ses pilules de toutes les couleurs et elle passe de plus en plus de temps vautrée dans son fauteuil. Elle est de moins en moins souvent dans la cuisine ou dans le jardin. Au niveau gastronomie on est pas vraiment gâtés, on mange surtout ce qui figure dans le catalogue du livreur de plats surgelés. -

Salle de bains

No man's land

C'est un no man's land, c'est la bande de Gaza. On y rentre en chantant "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine". Deux cultures s'affrontent pour partager ces quelques mètres carrés. Pour Christine la salle de bains est le lieu où s'élaborent les savants cocktails qui vont lui permettre d'élaborer les pièges d'une séduction qu'elle destine à la gent masculine et qui lui permettent de gagner des points dans le classement qui s'élabore chez ses copines et dont sa sœur est par avance exclue.
Pour Chloé le problème est d'accéder à un lieu dont sa sœur veut disposer à son gré. Une variété considérable de produits encombre les étagères de Christine tandis que le dispositif de Chloé est uniquement destiné à l'hygiène. -

Christine

L'aînée

C'est moi l'aînée, c'est à moi de montrer l'exemple ! C'est avec cette phrase que les parents n'arrêtent pas de me rebattre les oreilles. Dans notre belle communauté religieuse je suis l'exemple même de ce que l'on peut appeler un échec. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir eu toutes les conditions pour devenir le produit réussi de la serre familiale. Je ne me suis pas coulée dans le moule. J'ai conduit mon existence en dehors des clous entre lesquels on voulait me faire avancer. Tout l'opposé de ma petite sœur !
Elle me gonfle la petite fille modèle ! Elle n'arrête pas de me surveiller cette petite conne ! Chaque fois que j'ai besoin de faire un petit emprunt à la banque je la retrouve dans mes pattes. Si elle croit que je n'ai pas remarqué son manège ! Oui je pique des sous dans le sac de ma mère, et alors ? À part s'envoyer en l'air avec des cachetons, je ne vois pas trop ce qu'elle a comme but dans l'existence mon illuminée de mère. Toujours prête à sortir son prêchi-prêcha, mais complètement barrée dans les étoiles ma génitrice. Pour ce qui concerne son seigneur et maître notre guide à tous, il y a longtemps qu'il joue à la brebis égarée mon révérend. Il l'a perdu en chemin, le Seigneur son Dieu ! Il sait que je sais, mais ça reste entre nous. Nous avons nos petits accords avec le paternel. Je ne dis rien sur ses cinq à sept, il ne dit rien sur mes petits emprunts à la banque. De toutes façons sa petite affaire marche, à croire que la crucifixion est un bon filon. Pas de problèmes de fin de mois pour nos paroissiens ! De toutes façons il s'en fout. Il a la première de la classe pour compenser et il se doute bien bien que pour moi l'eau bénie c'est terminé.
J'ai trouvé des cocktails plus relevés pour jouer à la poupée. Mais oui Papa, c'est moi qui fait poupée quand on s'est un peu poudré le pif avec mes amis. Je vois bien qu’il prend son air contrit. Je l’entend bien qui me cite en exemple ma petite fille modèle de sœur. Et alors ? Où est le problème ? Entre ta femme qui s'est transformée en mollusque sur canapé et ta fille qui s'envoie en l'air avec tout ce qu'elle peut se fourrer dans le pif ou ailleurs tu as trouvé une issue ! Ta famille tu te l'es organisée à ta manière, mon cher guide spirituel, tu te l'es mis de côté ton petit ange personnel. T'as décidé de ne pas attendre la fin des temps pour tester le goût du Paradis mon Papa chéri. Elle s'éclate vraiment l'autre demeurée avec ses équations et ses tubes à essai ? Elle serait pas un peu coincée quelque part mon idiote de sœur ? Elle m'énerve avec ses lèvres pincées et ses airs de sainte nitouche. Elle croit que c'est comme ça qu'elle va intéresser les garçons ? Tiens regarde ça petite conne, regarde ma bouche toute pulpeuse et regarde comme il se trémousse mon petit cul. Va réviser tes maths pauvre conne, mon petit cul et moi on a autre chose à faire ! Moi mon truc c'est les fringues. Surtout après une petite ligne de coke.
Ces derniers temps il y a un cauchemar qui me revient fréquemment. Je suis agenouillée devant la baignoire où ma mère prend son bain. Elle est assoupie et elle émet un léger ronflement. Quand je me réveille le corps de ma mère a glissé dans l'eau savonneuse. Ma mère ne ronfle plus et je vois sa bouche immergée dans l'eau. Je reste un moment assise sur le carrelage de la salle de bains, la tête entre les mains avec dans la tête cet air de musique électro que j’ai écouté toute la journée. Je perds la conscience du temps qui passe. Je sors de la salle de bains. Je voudrais seulement échapper au mal de tête qui me vrille le crâne. Quelque chose de grave venait d'arriver, mais je suis vraiment shootée et pour un temps encore à l'abri du réel. -

Sébastien

Salle à manger

J’utilise la table de la salle à manger pour préparer mes sermons. Aujourd’hui j’ai enfoui ma tête dans mes mains et j’affronte mon désespoir. Je suis un pécheur et je demande au Seigneur qu'il me pardonne. Nul ne peut comprendre combien est grande ma douleur, ni combien je me sens coupable. Je ne peux partager avec personne le poids de cette souffrance. Je suis coupable d'avoir laissé venir à moi cette pécheresse. Comment aurais-je pu résister à la douceur de son regard, à son sourire si doux et à l'accueil de ses bras ? Aujourd'hui je suis un paria dans mon église et je suis un étranger dans ma famille parce que j'ai pêché. -

Myriam

Entrée

Le jardin à toujours été beau, mais il y a maintenant de plus en plus de mauvaises herbes dans les allées. C'était la grande passion de Myriam, elle jardinait avant l'arrivée des enfants de l'école. Cette période est terminée, Myriam ne s'intéresse vraiment plus à la question et d'ailleurs plus rien ne l'intéresse vraiment. -

La baignoire

Baignoire

Le seul moment où je me sens parfaitement détendue c'est quand je suis dans mon bain. Je prends deux cachets, je m'allonge et là j'oublie mes problèmes et je me sens vraiment bien. C'est bizarre cette impression diffuse. Après mon bain je me sens apaisée. Il est rare que Sébastien soit rentré. Je me demande parfois pourquoi il rentre toujours aussi tard. Il me dit qu'il a été retenu car il devait aider un de nos paroissiens à résoudre un problème, ou bien qu'il s'est attardé dans une discussion sur un passage de la Bible. Je sais que je ne dois pas mettre sa parole en doute, mais c'est plus fort que moi, je sens bien qu'il se sent obligé de me fournir des explications. -

Les fidèles

Rassemblement

Ils sont venus, ils sont tous là. Ce rassemblement à la sortie de l'église est une tradition qu'aucune des personnes présentes ne voudrait manquer. Chaque Dimanche la sortie du culte est toujours ce moment privilégié pour des retrouvailles hebdomadaires après une semaine consacrée au travail et aux dures réalités du quotidien. Les hommes sont vêtus de costumes noirs ou gris et les femmes sont parées de leurs robes du dimanche. Ils sont tous rassemblés dans cette belle communauté qui a repris ses cantiques à l'unisson pour témoigner d'une ardente ferveur.
Habituellement ils viennent saluer le pasteur et lui exprimer leur enthousiasme pour son sermon. Ils marquent une plus grande réserve à son égard aujourd’hui. Entourée de ses amies Myriam commente les nouvelles du jour. Comme souvent, Myriam a un teint pâle et les yeux cernés. Ses amies viennent lui exprimer leur soutien. Un peu à l’écart ses deux filles, Chloé et Christine discutent avec des jeunes gens de leur âge. Quand cette assemblée se sera dispersée, Sébastien rejoindra sa maison, et comme chaque Dimanche il découpera sur la table de la salle à manger le poulet qui aura rôti dans le four familial. Pour l'instant la personne avec laquelle il s'entretient c'est Linda Robert, et c’est sans doute la raison pour laquelle tous les paroissiens se tiennent à l'écart.
Tandis que je livrais mes commentaires patiemment élaborés des versets de la Bible, tandis que mon esprit suivait des chemins balisés par un travail quotidien, je sentais toute ma ferveur en péril face à la beauté de ma paroissienne. Elle est toujours habillée sans grande fantaisie, et pourtant son visage, toutes les parties de son corps, venaient monopoliser mon attention et solliciter mon désir. Et plus je m'efforçais de le dissimuler plus il m'apparaissait évident qu'il était impossible que mon auditoire n'en prenne conscience. Aucun des traits de son visage ne permettait de le deviner, pourtant il était impossible qu'elle n'en ait pas pris conscience de mon trouble.
Et voici que la troupe de mes paroissiens s’est éloignée comme si elle souhaitait favoriser mon égarement dans le péché, tandis que je conviens d’une nouvelle rencontre. -

La créature

Son regard

Ils sont petits et fermes. Je sais qu'ils produisent de l'effet. Son regard restait un instant comme accroché à mes deux promontoires, pour poursuivre une exploration qui le conduisait un peu plus bas tandis qu'il poursuivait ses commentaires sur un verset biblique. Et chacun des mots qu'il prononçait me pénétrait et me laissait dans une sorte d'extase. Bien qu’ Alan ne m’accompagne jamais à l’église, il savait que j’étais mariée. Tous deux nous avons eu conscience du caractère monstrueux de notre liaison, un adultère qui est une offense d’autant plus grave qu’elle est commise devant les membres de notre église. Je sens tout le poids de la réprobation qui émane de ce groupe qui se tient à l’écart. -

Le pasteur

Contrition

Dès la première fois où elle a fait son apparition dans notre église je me suis senti attiré. Ses traits délicats, son teint clair, ses yeux bleus, tout son visage m'a paru magnifique. C'est sans doute ainsi que Myriam m'était apparue quand nous nous sommes rencontrés. Bien sûr l'âge a produit ses effets, mais c'est surtout son mode de vie qui a eu raison de la jolie fille qu'elle a été pour laisser place à une grosse dame dépressive. Me voici à nouveau face à l’obscur objet de mon désir. Durant mon sermon j’ai cherché en vain la force de la contrition mais je me sentais incapable d’y parvenir, j’étais incapable de détacher mon regard de ce visage, souffrant intensément de ma faiblesse. -

Vie de famille

Myriam est dans son bain

Myriam est dans son bain. Christine est entrée sans frapper.
- Tiens t'es encore là ? Tu devais pas sortir avec les copines cet après-midi ?
- Non, Véronique est malade. On a été obligées de reporter.
- C'est quoi votre délire à toutes les trois ?
- Tu le sais bien, c'est une réunion biblique. Christine s'est emparée d'un tabouret, elle vient s'asseoir près de sa mère et elle trempe une main dans la baignoire. Aujourd'hui elle se sent des ailes. La petite dose qu'elle vient de sniffer lui donne envie de s'amuser un peu. Se payer la tête de sa mère lui semble une occupation tout à fait digne de donner un peu d'intérêt à cette après midi pluvieuse. Autant commencer fort, mais sur un mode tout à fait innocent.
- Tu sais si Papa sera là pour dîner ?
- Je crois qu'il sera à l'église, aujourd'hui c'est le groupe d'étude sur l'ancien testament comme tous les mercredis.
- Ancien testament mon cul !
- Christine, Je t'interdis !
- Tu m'interdis quoi ? Ne me dis pas que tu n'as pas des doutes sur la façon dont notre révérend occupe ses soirées ?
- Christine ! C'est vraiment insensé !
- Blonde ou brune ?
- Enfin voyons Christine ! C'est très grave de porter de telles accusations.
- Brune ! Moi je sais !
Myriam semble accuser le choc. Son visage s'est incliné un peu plus bas vers les bulles qui masquent son corps. Elle semble chercher une réponse sur cette surface, puis elle se tourne vers sa fille les yeux mouillés de pleurs :
- Bien sûr je m'en doutais, mais je ne le savais pas. Pourquoi me l'as tu dis ? C'est parce que tu es méchante. Ton père ne me désire plus. Je le comprends, Je me vois telle que je suis. Mais toi, pourquoi me dis tu cela ? C'est parce que tu es méchante, je le sais !
Le ton de Myriam monte encore :
- Tu es mauvaise. Tu ne penses qu'à faire le mal ! Si tu crois que je ne sais pas que tu viens voler dans mon sac. Si tu crois que je ne sais pas que tu fais rentrer des garçons dans ta chambre ! Tu me dégoutes quand je te vois passer avec tes amies, toutes habillées comme des petites putes !
Ce n'est pas la scène que Christine attendait et elle prend la fuite sous un torrent d'invectives.
Prendre de la coke ce n'est pas la meilleure voie que Christine ait jamais suivi. Cela accentue son côté bipolaire. Le lendemain de la soirée au cours de laquelle elle avait cru pouvoir s'offrir la tête de sa mère et la déchiqueter en pièces, Christine a terminé un cycle. C'est seulement dans l'après-midi qu'elle émerge d'un sommeil comateux.
Hier la réaction offensive de sa mère l'a surprise et elle éprouve des difficultés à retrouver son assise. Au lieu de rester prostrée sous ses révélations, sa mère s'était montrée combative. En émergeant des abysses, Christine se sent prise au dépourvu devant une réaction aussi naïve. C'est ainsi qu'elle est perçue ? Sa mère s'est exprimée simplement et Christine ne peut s'empêcher de s'interroger sur sa véritable nature. Est-ce bien ainsi que l'on peut faire un résumé de sa personne : méchante ?
Dans les jours qui ont suivi le niveau sonore en provenance de la chambre de Christine est resté inférieur de quelques décibels au niveau habituel. Elle ne s'est pas beaucoup manifestée. Du côté de la chambre de sa mère, les manifestations d'une présence humaine sont devenues plus ténues encore qu'elles ne l'étaient déjà. Il semble qu'après avoir pu vivre dans une demi-vérité, la révélation brutale de la situation réelle dans laquelle se trouvait son couple l'a totalement anéantie. Elle semble mettre toute son application à ne plus être vraiment présente à ce monde. Les rares fois où elle laisse entendre le,son de sa voix c'était pour exprimer son désir de voir tout un chacun heureux. Elle semble se complaire dans ces formules abstraites où elle exprime son désir de voir respecter la volonté divine dans la réalisation de dessins qui permettront à tous d'atteindre le bonheur. Elle ne fait pas figurer sa propre personne dans ces vastes dessins.
Chloé a pris la direction des tâches domestiques. Christine fait quelques apparitions aux heures de repas, mais le plus souvent elle vient se servir dans le frigidaire et elle rapatrie son butin dans sa chambre. Elle persiste dans une une stratégie de repli.
Le père semble suivre avec détermination une démarche dans laquelle les commandements de sa religion sont de ne rien voir, ne rien entendre et de ne rien dire. Il réussit tout de même de temps à autre à placer une bénédiction en début de repas ou une invocation de la miséricorde divine en réponse aux grossièretés de Christine. Mais une fois quelques paroles convenues prononcées son principal souci semble être de s'éclipser. De cette vie de famille réduite à un état moribond, Chloé est la seule à souffrir et à exprimer son désaccord.
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La paroisse

Les amies les plus proches de Myriam ont été les premières à commenter cette relation privilégiée de Sébastien avec l'une de ses paroissiennes. L'expression de leur compassion exprimée en dehors de la présence de la victime, comporte le constat douloureux d'un manque de fiabilité courant chez tous les hommes, mais particulièrement regrettable chez un prêtre dont la vocation est de donner sa vie en exemple. Elles sont unanimes à condamner la faiblesse et le manquement au devoir. Elles se confortent dans la résolution de ne pas trahir le secret qui pourrait aggraver davantage l'état dépressif de "cette pauvre Myriam".
Avoir la certitude d'un fait sans pouvoir assurer sa divulgation en dehors d'un cercle restreint provoque cependant une frustration trop grande pour qu'elles renoncent à en faire profiter un plus grand nombre de paroissiens. C'est ainsi que la rumeur a pris de l'ampleur.
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L'agence

Réveil

La petite maison blanche tout là-haut symbolise le domaine des Chevalier
Jules Compacteur utilise un réveil mécanique. Cela vient d'un manque de confiance dans l'électronique. C'est un mécanisme très élaboré qui permet le déclenchement de son microprocesseur et un courant très ténu va mettre un terme à la mise en veille du disque dur de Jules. commence toujours la matinée par un brossage de dents. Il a constaté qu'il parvient à pisser en se brossant les dents et il se réjouit de gagner ainsi un temps considérable. De là il passe brièvement sous la douche. Autrefois il a connu des réveils différents où il n'était pas le seul protagoniste, à la fois auteur et spectateur. Sa grande longévité lui a permis de connaitre tous les états : célibataire avec ou sans enfants, marié avec ou sans enfants, divorcé soumis à toutes sortes de régimes.

Jules Compacteur s'engage dans la réalisation de toutes les opérations triviales dont la succession constitue le prélude de sa destinée quotidienne. Il commence par la mise en route de la machine à café dont les crachotements rythment le début de chacune des ses journées. Ce bruit provenant d'un appareil dont la durée de vie semble infinie lui parait rassurant. Au cours des années les objets semblent avoir été atteints par quelque maléfice qui les porte à disparaître. La cafetière fait exception. Jules Compacteur justifie l'absence d'accumulation par des considérations sur le caractère éphémère de toute vie. Il a pour règle de ne pas s'encombrer. Le Compacteur boit un café trop chaud qu'il accompagne de quelques mots crus.
Il tire derrière lui la porte de son appartement qui se verrouille automatiquement. Jules Compacteur glisse une main dans la poche de son pantalon, pour vérifier la présence de la clé. Tout est prévu. C'est à cela qu'il songe. Dans la période qu'il est en train de traverser il a tout organisé et il sait qu'il va se mouvoir dans le quotidien terne d'une journée ordinaire. A présent son microprocesseur accélère, sa mémoire très vive empile quelques variables et il redémarre son disque dur. -

Chez Georges

Lary

Le café et l’église forment deux solides assises de notre culture française. Les membres ont des profils variés. La fréquentation peut être journalière ou épisodique. Certains membres de l’église considèrent le bistrot comme un lieu de perdition et certains piliers de comptoir qui ont épuisé la compassion et la patience du patron du bistrot viennent confesser leurs péchés auprès du prêtre. Comme dans toute institution on retrouve sectarisme et tolérance à des degrés divers.
Chez Lary il y a ce côté amateur de messes noires et d'envoûtement. Christine n'aime pas trop, sinon c'est l'entente parfaite. Il est toujours partant pour la suivre dans ses délires.
Chez Georges ils ont pris quelques verres. Georges maîtrise l'art de combiner les parfums mais il a une façon bien à lui de vider les bouteilles pour élaborer ses cocktails. Comme il aime à le dire Georges est allumé dès la nuit tombée. Le résultat est complètement aléatoire. Il s'en tient pourtant à quelques fondamentaux avec une base de sucre et de rhum.
- Voilà c'est du lourd ! C'est pas du sirop pour la toux !
Il y avait quelque chose qui bouillonnait au fonds des verres et quand Larry a pris le volant il n'y avait aucune raison pour que la voiture reste sur la route, d'autant que Christine avait décidé de l'entreprendre. Il ne contrôlait plus rien lorsqu'elle s'est attaquée à la ceinture de son pantalon. Ils ont traversé une zone où la carrosserie de la voiture résonnait sous le choc des branchages et après une dernière embardée elle est venue s'arrêter sur le bord de la route. Ils se sont couchés sous les arbres et ils ont fait l'amour. C'était une de ces soirées où il n'y avait plus de limite. Christine s'angoissait déjà de se retrouver seule. Elle lui a demandé de venir dormir dans sa chambre.
- Et tes parents ?
- On en a rien à foutre de mes parents ! Mon père est avec sa chérie et ma mère doit déjà dormir.
Larry a garé sa voiture plus loin dans la rue. Toujours inquiet de se faire repérer par les voisins. Il n'était plus en état de garder la moindre cohérence, mais il avait conservé quelques réflexes de prudence. En se remorquant l'un l'autre, ils sont parvenus jusqu'à la porte de la maison. C'est là que Christine lui a dit :
- Viens je vais te montrer quelque chose.
Ils sont rentrés dans la salle de bains du Rez de chaussée. Myriam s’est assoupie dans son bain et elle produit un ronflement. Son nez affleure à peine et et son souffle vient rider la surface de l'eau du bain. Larry a trouvé un nouveau jeu. Il pousse légèrement la tête de Myriam et le son des ronflements est agrémenté de nouvelles variations lorsque des bulles viennent se former à la surface de l'eau savonneuse. Christine est ravie :
- Ah la conne ! Regarde moi cette conne !
Les rires sont devenus un peu plus hystériques. Christine n'est plus trop sûre de ce qui est arrivé ensuite. -

L'enquête

Une cliente

Elle a frappé assez timidement à la porte de l'Agence. C'était une entrée vraiment très timide et Jules s'est donné la peine de se lever et de venir lui ouvrir. Elle semblait avoir seize, dix sept ans à peine ? Jules lui a montré un siège et lui a fait signe de s'assoir, mais elle est restée un moment à regarder le bout de ses chaussures. Elle semblait chercher une solution pour formuler sa demande. Jules a hésité à entamer la conversation sur le fait qu'il n'était pas autorisé à passer un contrat avec une mineur, mais justement c'est par là que la jeune fille a choisi de commencer.
- Bonjour, je sais que je n'ai pas l'âge pour vous demander de travailler pour moi, mais je suis venue vous voir car je sais que vous êtes attaché à la vérité et que pour cette raison vous traiterez ce dossier même si je suis mineure et même si je n'ai pas les moyens de vous payer.
Elle avait récité sa phrase d'une seule traite, sans reprendre son souffle, comme si elle craignait d'être interrompue.
- Pourquoi pas ? Pouvez vous m'en dire plus ?
- Je suis Chloé Chevalier, ma mère s'appelle Myriam. Vous savez de qui il s'agit ?
Si il sait ? Dans la ville durant des mois on avait parlé que de cela. La mort suspecte d'une femme dans sa baignoire, noyade, suicide ou empoisonnement, il y avait un peu de tout cela. Pour finir, la police n'avait pas réussi à obtenir une conclusion vraimenlt claire dans cette affaire. Le mari avait été retenu en garde à vue puis relâché. Les choses en étaient restées là.
- Vous savez que la police n'a abouti à aucune conclusion dans cette affaire. Vous avez du nouveau ?
La jeune fille perd contenance. Son visage pâlit lorsqu'elle fixe intensément Jules :
- C'est ma sœur ! Je sais que c'est ma sœur! Depuis le début je sais que c'est ma sœur !
- Vous savez que ce que vous dites là est grave ! Pourquoi ne vous êtes vous pas adressée à la police ?
- Ils ne me croient pas, mais je sais bien pourquoi, ma sœur a bien su les embobiner avec ses airs de sainte nitouche, mais moi je sais de quoi elle est capable.
- Très bien, mais il vous faut une preuve, vous savez : un document, un objet quelque chose qui prouve de manière irréfutable que votre sœur a tué votre mère.
- Ce dont je suis sûre c'est que ma sœur détestait ma mère. C'est elle qui la tuée et je sais que vous allez pouvoir le prouver.
Jules serait tenté de répondre qu'il ne réalise pas de miracles, mais au fonds il n'en est pas vraiment très sur.
- Très bien Mademoiselle. Mon tarif habituel s'élève à 10 sous et à cette somme viennent s'ajouter les frais. Pour vous je peux faire un effort, mais il faudrait au moins que je dispose d'une avance sur mes frais.
Avec ce dossier Jules n'est certainement pas sur la voie de la fortune, mais Jules s'est toujours senti une vocation de défenseur de la veuve et de l'orphelin. Elle se lève avec un léger sourire elle dépose 5 sous sur le bureau. Il la raccompagne avec les égards qu'e l'on réserve habituellement aux grandes dames.
Jules se rend chez les Chevalier. -

Chez Chloé

Lorsque Jules se présente à la porte des Chevalier, c'est la jeune Chloé qui vient lui ouvrir. Elle porte une tenue d'écolière, et ses cheveux sont coiffés en chignon. Son regard est attentif derrière de petites lunettes rondes.
- Bonjour, entrez je vous en prie. Je vous attendais. Vous voulez sans doute visiter la maison ?
Jules suit Chloé qui lui le précède pour une visite de la maison. Le père de Chloé, inculpé de meurtre fait un séjour en prison. Christine est partie retrouver ses amis. Chloé paraît particulièrement apprécier son rôle de maîtresse de maison et c’est elle qui conduit la visite.
Lorsque Jules quitte cette maison, il sait qui est coupable. La chambre de Chloé est bien telle que Jules s’y attendait. Cela manque de fantaisie mais c’est bien le cadre dans lequel cette bonne élève produit toute son efficacité. -

Salle de bains

Chloé le fait entrer dans la salle de bains qui se trouve entre les deux chambres. Elle lui montre une porte qu'elle ouvre avec la clé qu'elle vient de faire apparaître et elle annonce avec emphase :
- Mon laboratoire !
Avant de travailler un jour dans un grand laboratoire, elle se contente aujourd'hui de quelques étagères, mais tout paraît astucieusement installé. L'équipement comporte une tablette amovibles, un assortiment de tubes à essai et un bec benzène. Toutes sortes de flacons se pressent en rangs serrés sur les étagères.
- Vous avez un domaine de prédilection ?
Les yeux de Chloé scintillent derrière ses lunettes.
- Je ne suis pas encore suffisamment avancée dans mes travaux pour pouvoir me décider, mais plus tard j'aimerais étudier les produits destinés à la psychothérapie.
Jules est fasciné par l'assurance dont fait preuve cette toute jeune fille. -

Chambre de Christine

Les goûts des deux sœurs n'ont rien de commun. Christine a une passion pour les vêtements et elle semble aimer tout ce qui brille. De là à en faire la meurtrière de sa mère le pas est difficile à franchir. Ce qui paraît étrange à Jules ce sont davantage ces affirmations répétées de Chloé à propos de sa sœur. - Ce n'est pas tout ! Venez je vais vous montrer !
Elle allume l'ordinateur qui sur la table. - Je vais vous montrer ce que ma chère sœur a osé écrire sur ma mère. Nous ne sommes pas amies sur le petitFaitout, cela ne vous surprendra pas. Par contre je sais entrer sur son compte, ce n'est pas bien difficile.
Le compte qui s'ouvre comporte un grand nombre de photos de jeunes faisant la fête, des photos et des videos des chanteurs en vogue. Chloé trouve ce qu’elle cherchait. C'est une réponse à un post où il est question des parents qui s'endorment devant leur télé. Christine a écrit "Ma mère elle a pas besoin d'une télé pour s'endormir. Elle préfère dormir dans son bain. Un de ces jours elle va finir noyée. - Elle ne fait que constater un fait. Il n'y a rien là qui permette de l'accuser.
- Moi je sais ce que cela veut dire. Elle avait déjà tout prémédité. Elle ne pense qu'à faire le mal !
Jules ne se sent pas vraiment une vocation pour le rôle de conciliateur. Il tente tout de même un essai.
- Je vois bien que vous avez des caractères très opposés et sans doute des goûts très différents !
- Vous savez je ne sais pas ce que ma sœur veut faire plus tard, je ne sais même pas si elle en a la moindre idée.
Jules serait tenté de lui répondre que les projets qu'elle a pour sa sœur pourraient être une solution au problème avec un séjour en prison. -

Table familiale

Ils traversent une salle à manger dans laquelle trône une table aux dimensions impressionnantes. - Mes parents aiment recevoir, ou plutôt je dois dire maintenant mon père aimait recevoir les membres de la paroisse.
Dans un coin de la pièce il y a un petit bureau sur lequel est installé un ordinateur. C'est un modèle assez ancien. Sur les étagères au dessus du bureau des bibelots et une collection d'images pieuses sont méticuleusement rangés.
- Bien que mon père soit pasteur, comme vous le voyez, nous vivons comme tout le monde.
- Bien sûr, c'est une profession comme une autre. Et vous-même vous avez des projets professionnels ?
Jules a l'intuition que cette jeune fille aux allures d'écolière est impatiente de lui faire part des préoccupations d'une jeune fille sage soucieuse d'organiser sa vie avec rigueur.
- Je serai chimiste dans un grand laboratoire.
Chloé n'exprime pas un vœu mais une certitude.
- Vous vous intéressez à la chimie ?
- C'est ma passion. J'ai déjà fait quelques expériences. J'ai mon laboratoire. Vous voulez voir ? -

Chambre conjugale

De là ils passent à la chambre conjugale. Il n'y a là rien de bien remarquable, juste un décor d'une banalité très courante.
- Vous voulez bien me montrer là où cela c'est produit ?
Il n'a pas besoin de préciser davantage. Elle le fait entrer dans une salle de bains qui comporte une baignoire et où tout est méticuleusement rangé. Il s'agissait sans doute de faire disparaître les traces d'un événement traumatisant pour toute une famille. Le moindre élément à été relevé par la police. Il ne reste évidemment aucune emprunte.
- Votre mère était donc seule quand cela est arrivé ?
Jules pose la question parce que c'est dans l'ordre des choses. Il dispose de sources d'informations qui n'ont rien d'officiel. Il a donc pu prendre connaissance du dossier et il sait que Myriam était seule dans la pièce lorsqu'elle est décédée.
- C'est donc ici que votre mère a mis fin à ses jours ?
Pure provocation qui entraîne la réaction attendue :
- Maman ne s'est pas suicidée, ma sœur l'a tuée. -

Une autre cliente

Elle entre

Il faut frapper avant d'entrer. Je n'ai pas de sonnette. Deux coups sur le bois de la porte, cela me permet de savoir si mon visiteur connaît ou non les usages. En voilà une qui a poussé la porte sans préambule et qui est venue se planter devant mon bureau. Je ne lève pas les yeux vers elle. Cet article sur une évolution probable du cours du pétrole à la baisse est devenu soudain passionnant.
- Je suis la fille de Sébastien et Myriam Chevalier. Vous savez ...
C'est une jolie blonde qui possède de beaux yeux bleus et une poitrine avantageuse. La robe est très courte et elle a un peu forcé sur le maquillage ce qui donne un côté assez vulgaire à l'ensemble de sa personne.
- C'est mon père qui est soupçonné d'avoir empoisonné ma mère. Je sais que c'est faux. Regardez ce que j'ai trouvé dans les affaires de ma chère sœur. C'est avec ça qu'elle fait ses expériences ! C'est avec ça qu'elle a tué ma mère !
Elle fouille dans un sac qui semble contenir une quantité invraisemblable d'objets de toutes sortes et elle exhibe un flacon. -

Partage

- Je partage une salle de bains avec ma sœur. C'est là qu'elle a installé son putain de laboratoire.
Elle a posé le flacon sur le bureau.
- De la façon dont vous avez manipulé ce flacon, il sera impossible d'y trouver des empreintes et de prouver ce que vous avancez.
Aucun trouble dans ses yeux. Chez elle l'insolence est une seconde nature.
- Et pourquoi croyez vous que je suis venue vous voir ? Je suis majeure. Je vous engage et vous allez prouver que c'est ma sœur Chloé qui a empoisonné ma sœur avec ses mélanges.
- Puisque vous êtes majeure vous pouvez effectivement m'engager. Mon tarif c'est un fixe de 1 lingot plus les frais.
La gamine n'est jamais à court d'arguments. Elle fouille encore dans son sac d'où émerge une liasse de billets. -

Un reçu

- Voilà pour vous. Je veux un reçu !
Il ne lui a pas fallu longtemps pour se rendre vraiment antipathique. Mais je n'en ai pas fini avec elle. Je remplis le formulaire habituel.
- Je ne vous demande pas où vous avez pu trouver tout cet argent. Dites moi, vous semblez aimer votre sœur Chloé?
- Dans la famille c'est toujours moi qui est le rôle de la mauvaise fille et c'est vrai que je suis un peu en avance pour mon âge.
Son affirmation est ponctuée par une projection vers l'avant des deux avantages naturels dont la nature l'a pourvue et dont elle fait usage sans modération. -

Une manipulatrice

- Chloé c'est toujours la plus sage, la plus sérieuse à l'école, mais moi je sais qu'elle cache bien son jeu. C'est une manipulatrice perverse ! Sa place est en prison !
À présent la voilà qui perd sa décontraction de sale môme émancipée et cynique. Il y a de vieux comptes à régler et Jules se voit mis à contribution.
- Ça fait plaisir de rencontrer l'un des membres d'une famille unie comme la votre chère Mademoiselle. Par contre je ne pourrai rien prouver avec ce flacon. Il va falloir que je vois sur place ce laboratoire.
- Vous venez quand vous voulez. Ce n'est pas ma mère qui vous dérangera et mon père est toujours fourré dans son église. Venez demain en milieu d'après-midi. Chloé sera en cours, je serai là pour vous ouvrir. Vous pourrez visiter son laboratoire. Elle ne le sait pas mais j'ai un double de la clé.
Tout est dit. Je ne me lève pas pour la raccompagner. Sans un mot elle fait demi tour. Ses talons résonnent sur le plancher et la porte claque. -

Maison des Chevalier

Il sonne et Christine vient lui ouvrir comme prévu. Elle ne paraît pas plus préoccupée par la politesse que la veille. Elle porte un jean constellé de trous et un tee shirt qui porte un slogan sans ambiguïté : Fuck you !

-

Chez Chloé

Jules découvre une chambre parfaitement rangée. Jules voit une pile de dossiers parfaitement alignés sur le coin d’une table et un ordinateur.Dans la pile de dossiers Jules découvre des documents concernant des médicaments destinées à soigner la dépression. Il y a un dossier qui contient des pages imprimées. Il s’agit de travaux scolaires mais le contenu de l’une d’entre elles attire l’attention de Jules :
Lorsque vous lirez cette lettre, j'aurai quitté ce monde. À vous ma famille, à vous mes filles et à toi mon mari, je vous demande de pardonner mon geste. Je ne sais si Dieu me pardonnera, mais je vous demande à vous tous, mes frères et mes sœurs de la paroisse de me comprendre. Je sais qu'il n'est pas de geste plus grave et plus impardonnable que celui que je m'apprête à commettre mais la dépression dont je souffre est devenue chaque jour plus insupportable. Je me sens prisonnière d'un corps chaque jour plus monstrueux, je me désole de me voir inutile et sans projet. Je vais quitter ce monde. Gardez de moi le souvenir de la femme que j'ai été autrefois. -

Salle de bains

Elle le précède dans l'escalier avec un mouvement des hanches qui est le fruit d'un long travail. Jules est vivement impressionné, mais il reste concentré sur l'enquête. À un moment elle se retourne vers lui et son attitude exprime quelque chose comme:
- Le spectacle vous plaît ?
Dans la salle de bains Jules renifle le contenu de quelques flacons. Il prélève quelques échantillons dans les minuscules flacons qu'il avait prévu à cet effet.
Sur l'un des murs de la salle de bains les étagères sont encombrées de produits de beauté en tous genres. Une seule étagère sur le mur opposé qui ne comporte que le minimum indispensable pour la toilette.
- Là c'est le coin de la sorcière.
Jules ne fait pas de commentaires. Il ouvre des flacons et il renifle quelques odeurs.
- Alors ? Vous avez trouvé ? C'est elle n'est-ce pas ?
- Non, je ne trouve là rien qui puisse me faire progresser. Il faudrait m'en dire davantage. -

Chez Christine

Christine ouvre rapidement la porte de sa chambre. Jules a à peine le temps d'appercevoir un amocellement d'objets et de vêtements. - Ne faites pas attention au bordel !
Il parait évident qu'elle ne fait pas grand cas de l'impression produite. -

Son territoire

Ils sont parvenus dans un quartier où elle semble avoir ses repères. Ici Christine est sur son territoire. Il y a des rires et des clins d'œil. Jules reçoit quelques tapes dans le dos de la part de jeunes gens qui semblent être parvenus à un degré d'alcoolémie assez avancé.
- Tu les trouves sympas mes copains ? Tu sais je te présente la crème. Dans toute la ville tu trouveras pas mieux. Pas vrai Sandra ?
Elles sont entre filles et Christine fait admirer à Sandra ses dernières emplettes.
- Alors ? Comment tu trouves ?
- Super Christine ! Vraiment super ! Et celui là dis tu me le donnes ?
Sandra exhibe ses seins nus avant de passer le chemisier de Christine. Quelques applaudissements et des sifflets saluent la performance. Jules est excédé. -

Allez Jules !

- Bon nous voilà prêtes ! Allez Jules on va pas rester là, il faut que tu sortes en peu !
Jules ! Elłe l'appelle Jules à présent ! Évidemment c'est écrit sur sa plaque, mais tout de même ! J.C. ça ferait plus classe, mais on n'en est pas là. Ils semblent tous connaître le lieu où va se dérouler l'épisode suivant. Jules suit le mouvement et il pénètre dans une cave aux murs gris et basse de plafond. Pour être supportable le son qui sort des amplis doit être absorbé avec les substances appropriées. Tous les interdits ont été levés et Jules se voit relégué dans le rôle peu gratifiant du porteur de chandelles. Au milieu de cette faune de jeunes gens qui boivent et qui se caressent, Christine fait plutôt figure de jeune fille sage. Elle s'est rapprochée de Jules et elle parvient à se faire entendre en dépit du niveau sonore.
- Tu m'offres un verre Jules ? -

Vodka-orange

- Ils sont vraiment cons pas vrai ?
Jules exprime son approbation en fermant les yeux et en inclinant légèrement la tête.
- Vous croyez que je viens là parce que je les trouve intéressants ?
Elle s'est rapprochée de lui. En plus du bonheur qu'il peut avoir à se retrouver le nez plongé dans son décolleté, Jules l'entend parfaitement malgré le niveau sonore délirant de la sono, car la bouche de Christine est collée contre son oreille.
- Je n'ai rien trouvé d'autre pour m'amuser vous savez. Si vous croyez qu'ils m'ont fait rire mes deux tartignoles de parents. L'une avec sa dépression permanente et l'autre avec sa double vie de prédicateur indigne !
Elle semble rechercher une approbation dans le regard de Jules. Jules est surtout désarçonné de se voir attribué le rôle de confident.
- Il en a eu marre de sa grosse larve toujours déprimée mon cher Papa, vous ne le saviez pas ? Et bien dans la paroisse tout le monde est au courant.
- Vous êtes en train de me dire que votre père a une maîtresse ?
La réponse se fait un peu attendre. Une deuxième tournée est nécessaire.

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Vodka-bis

- Vous savez dans la paroisse ce ne sont que des braves gens ! Alors comme mon père a eu la bonne idée de faire ça sous leur nez ...
- Il s'agit de quelqu'un de la paroisse ?
- Oui. Dans la paroisse ils sont toujours prêts à médire, mais là il faut dire que c'était pas bien difficile ! Ils se sont connus sur les bancs de l'église nos tourtereaux. Il suffisait de les observer pour comprendre.
Elle s'interrompt pour fixer Jules intensément et Jules se perd dans ce bleu intense.
- Évidemment avec tout ce que je vous dis là vous allez soupçonner mon père ?
- Cela paraît logique en effet !
- Je vous l'ai dit Jules, c'est ma sœur Chloé qui l'a tuée. En ce qui concerne la chérie de mon père, l’affaire est terminée.

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