RECITS     LIENS     A PROPOS

Coller-couper

Entrée

Appartement

Entrée

Je joue au poker. Cette activité n'est pas extraordinaire mais vous allez partager l'excitation d'un joueur soumis aux fantaisies du hasard. Max est amateur de fortes poussées d'adrénaline. Pour trouver des sensations fortes il pilote une moto puissante. Il est sans doute allé trop loin dans sa recherche du risque.
Un canapé qui se transforme en lit, un réfrigérateur, une table et quelques chaises, des objets qui semblent occuper une place incongrue dans des pièces qui ont une vocation pour le vide. En un après-midi, j'avais fait l'acquisition de ce mobilier fonctionnel et impersonnel. A l'époque il ne m'avait pas fallu une semaine pour louer un appartement et pour m'y installer. Voici mon quotidien : maussade vide et submergé de peine. Il est dix huit heures. j'avais hâte d'être rentré chez moi, mais j'ai à peine fait quelques pas dans l'appartement que déjà je me sens oppressé par la perspective d'une soirée morose et sans joie.Je ne suis pourtant pas démuni de moyens de me distraire et je dispose de toute une panoplie de livres de disques et de films. Personne ne viendra contredire mes choix. Je pourrais tout aussi bien reprendre le dossier qui est encore ouvert sur mon bureau, mais c'est tous les soirs le même scénario. Je glisse quelques feuilles dans ma serviette avant de quitter le café de l'Escale, le lieu où j'aime écrire, mais je sais qu'une fois arrivé chez moi je ne les reprendrai pas. Chaque soir les mêmes gestes se répètent. Lorsque la porte de l'appartement se referme en claquant derrière moi, je laisse tomber la serviette dans l'entrée en me promettant de revenir la chercher. Le plus souvent, la serviette reste à sa place jusqu'au lendemain matin. C'est peut être uniquement pour faire ce geste que je rentre chaque soir dans cet appartement. L'abandon de la serviette dans l'entrée marque ma désertion du monde du travail. D'ailleurs, les deux mondes sont entièrement séparés. Les liens que j'entretiens avec mon entourage sont régis par deux règles simples. Selon la première un minimum de convivialité est nécessaire, mais selon la deuxième il n'est pas envisageable d'entretenir des rapports d'amitié avec des gens qui pourraient s'intéresser à mon travail. Celui qui m'emploie est censé savoir écrire. -

Couloir

Appartement

Salon

Un couloir sans fin qui aux heures dernières vaudra destin d'avoir été si longuement arpenté. J'y passe la plus grande partie de mon temps. Le salon est consacré aux îles et sur la table de salon il y a tout un dossier sur un projet de voyage. Le salon est agrémenté de tentures bordeaux et et de dorures.Les gros clins d'oeil, la mièvrerie, l'exhibitionnisme, la muflerie et la bêtise affirmée du petit écran, je la pratique au quotidien. Je sais que le piège insidieux et confortable va bientôt m'absorber, lorsque j'ai un dernier sursaut, un mouvement profond de révolte qui vient se heurter à ce mur épais, à ce choeur uni qui chante gloire à la sottise. Un courant timide atteint un neurone et une mécanique complexe se met en branle. Elle aboutit à une pression de mon index sur un bouton de la télécommande. Pour l'instant, la bête a cessé de nuire et je me concentre sur la deuxième étape. Légère projection du buste vers l'avant, appui sur les talons et forte poussée de mes deux bras pour accompagner le mouvement. Je passe de la station du téléspectateur avachi à la position beaucoup plus noble de l'homme debout.
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Cuisine

Appartement

Cuisine

C'est un lieu que je fréquente assez peu, suffisament pour me nourrir. J'ai mes habitudes au café de l'Escale. Ici l'outil le plus utilisé c'est l'ouvre boite. Je me suis doté d'un ouvre boite électrique grace auquel je peux atteindre des records de vitesse dans la préparation de mes repas. L'équipement est rudimentaire. Quelques tabourets et des meubles sans originalité, j'attends celle que ces questions passionnent pour compléter mon équipement. -

Salle de bains

Appartement

Salle de bains

C'est parfaitement propre et d'une blancheur éclatante. Donner une originalité à ce lieu me parait dépouvu de bon sens.
Rien à signaler sinon un grand nombre de produits pharmaceutiques dans l'armoire à pharmacie. Les dates indiquent que ces produits sont tous périmés. -

Chambre

Appartement

Chambre

La porte de droite à l’entrée du couloir donne sur une chambre. Elle est pourvue d’un lit double. Le contenu des tirroirs est classique : tube d’aspirine, préservatifs, pastilles pour la toux et kleenex. Les rideaux sont restés tirés. La pièce parait propre. S’il y a de la poussière elle est masquée par l'épaisseur de la moquette. -

Bureau

Appartement

Bureau

Un ordinateur est sur le bureau. C'est un modèle tout à fait obsolète comme son contenu. Dans un florilège d'histoires sans intérêt je conserve les mémoires de politiciens gonflés d'un ego surdimensionné, des souvenirs de starlettes pourvues de l'intelligence des huîtres plus quelques mémoires dont le plus sûr destin sera de rentrer dans l'oubli. Pour rester dans l'ambiance j'ai rempli mes étagères d'une littérature pour débiles. Je me tiens toujours prêt car je suis persuadé que les mémoires d'un nouvel arriéré mental vont venir enrichir ma collection. -

Chez Georges

Le café est au bout de la rue

Le café est au bout de la rue. C’est devenu mon annexe, mon joker quand je n’ai pas envie de me mettre aux fourneaux pour préparer mon dîner. Avec Alice nous sommes plutôt en froid ces derniers temps, nos dîners en amoureux se raréfient, il y a une mécanique qui s’est mise en place. En général cela commence plutôt bien Comme je sais qu’il y a un problème, je fais des efforts et j’arrive parfois avec mon bouquet de fleurs à la main. C’est peine perdue, ça dérape plus ou moins rapidement.

Selon Alice je suis immature. Le problème est simple : Alice veut un enfant et je n’en veux pas. C’est un sujet tabou mais c’est plus fort que moi, j’en viens toujours à évoquer ce sujet tant je suis convaincu d’avoir raison dans mes choix. Bien sûr le fait que je devienne père ne changera pas l’état du monde, mais c’est chez moi une conviction profonde : la terre est trop peuplée.

Immanquablement ça vire à l’aigre. Nos dîners se terminent en fâcheries. Depuis des années le dîner était un prélude qu’elle sait magnifiquement organiser et en général, à peine la dernière bouchée avalée, nous passions au lit. Aujourd’hui nous nous retrouvons encore par habitude, mais la discorde plane.

Et puis j’évite d’évoquer une autre raison qui m’incite à refuser de devenir père. En fait, le seul sujet qui m’obsède c’est une nouvelle moto. Avec celle-là je pourrai aller encore plus vite, avec une prise d'angle de folie dans les virages, un moteur qui monte dans les hauts régimes et des freins puissants. Que du bonheur ! Ce n’est pas bon marché, mais je peux l’acheter. Par contre s’il faut ajouter les prix du berceau et de la layette, je ne vais pas pouvoir tenir mon budget. Évidemment je me garde bien d’énoncer cet argument auprès d’Alice, je sais que cela provoquerait un cataclysme.

Depuis que nos rencontres se sont espacées j’essaie d’échapper à la morosité des soirées. Je file me réfugier au café du bout de la rue. « Chez Georges » c’est mon refuge, ma deuxième famille.
Son prénom c'est Georges, mais les clients l'appellent Greg, ils trouvent que cela fait plus branché. Il y a un rituel chez Georges. Quand un client rentre il passe un coup d'éponge sur le zinc. C'est obligatoire.

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Mendier

Venir au bar sans un sou c'est pas des choses à faire mais il y a toujours un pote pour me préter un sou.

Une prédilection

Max a une prédilection pour le whisky. C'est servi dans un verre à son nom. Normal pour un bon client ! -

Un détour par le bar

Action ? -

Un verre

Tu ne tiens pas l'alcool et tu vas être malade. Il vaut mieux que tu arrêtes tout de suite ! Bien sûr que c'est toi qui décide, moi ce que je dis c'est pour ton bien. Il vaut mieux que tu arrêtes quand il en est encore temps. -

Deux verres

Le premier verre n'est jamais suffisant. Selon un argument qui semble procéder du bon sens, nous marchons sur deux jambes. Selon un point de vue partagé par une population nombreuse de buveurs, le deuxième verre va donc permettre de parvenir à une forme d'équilibre. Le chiffre invite à se tourner vers d'autres horizons, car à partir de deux l'on va pouvoir envisager de nouvelles perspectives : deux c'est un commencement pour plusieurs. Un deuxième verre est bu. Le couple est formé. Par contre le deuxième ne sera jamais le premier, il se tient en retrait dans un rang qui le subordonne au premier. Le deuxième verre a un statut ambigu car s'il n'est pas le premier, il court le risque d'être également le dernier. D'ailleurs le deuxième peut évoquer une frustration, celle du coureur cycliste éternel second qui ne parvient jamais au niveau de son rival qui toujours le surpasse. Face au leader il est toujours le challenger. Au point de vue performances, le deux ne fait pas vraiment le poids. Aussi est il nécessaire de dépasser un stade finalement assez médiocre pour entrer vraiment dans le domaine du multiple. Si ce deuxième verre parait en bonne entente avec le premier, la formation d'un couple porte en elle un dépassement. Dès sa formation le couple porte en lui la potentialité d'engendrer un nouvel élément. L'histoire d'un couple sans intérêt peut trouver un nouveau soufle avec l'ajout d'un nouvel élément. Ce deuxième verre semble nous entraîner naturellement vers un troisième. -

Trois verres

Un verre ça va, deux verres ça va, trois verres bonjour les dégâts ! Trois verres par jour ou trois verres par heure ? Un verre à l'apéritif, un autre pour accompagner une bonne viande et bien sûr un verre pour accompagner le fromage. Il y a sans doute là quelque chose qui ressemble à de la sagesse. Evidemment là au comptoir, trois verres avalés l'un après l'autre ce ne serait pas raisonnable. Halte au feu ! Ne boit pas ce troisième !§Le dieu unique ne peut résister à un processus de division cellulaire et il se fragmente en trois entités qui sont le Père, le Fils et le Saint Esprit. C'est la stabilité. Deux suppose un exercice de la volonté pour préserver un équilibre. Le trépied permet l'équilibre sans aucun effort. Avec le chiffre trois on peut envisager un équilibre durable et le conforter par différentes combinaisons. Il y a de grands classiques : la femme, le mari et l'amant, une combinaison susceptible de s'inscrire dans la durée, tout comme l'épouse, le mari et la maîtresse. Avec le chiffre trois, le couple est dépassé par l'intervention d'un élément extérieur et une alternative s'offre à la bipolarité comme la troisième voie s'offre pour résoudre un conflit entre deux positions. C'est une première approche destinée à contourner la confrontation de deux idées opposées. Faut il en rester à un stade qui a permis d'obtenir un premier équilibre ou faut-il aller plus loin ? Dans sa recherche de la vérité, il ne peut s'arrêter en un si bon chemin. -

Quatre verres

Le quatrième verre n'est encore qu'un projet en cours d'élaboration lorsqu' il arrive dans un majestueux battement d'ailes. Il réussit un atterrissage d'une grande élégance. Pas la peine de lui demander qui l'a envoyé. A l'évidence c'est un envoyé du grand patron. - Pas plus de trois verres !
- Ce quatrième verre je l'avais à peine envisagé !
- Suffit ! Tu l'as pensé si fort que le patron m'a envoyé te le dire : tolérance zéro.
Inutile de discuter, il sait bien qu'on ne discute pas les ordres du boss. Pourtant avec quatre verres nous entrons dans une dimension intéressante. Le chiffre évoque une assise, celle du siège sur laquelle le buveur est assis. Il commence à mieux comprendre un monde composé des quatre éléments que sont la terre, l'eau, l'air et le feu. Cependant Martin considère l'eau comme un élément de peu d'intérêt. A partir du quatrième verre il rejoint le cercle des initiés. Il est le Grand Prêtre dans des sphères ésotériques. Il préside à la réalisation des mystères. Il s'interroge sur l'existence d'un cinquième élément, celui qui lui permettra de mieux appréhender le cosmos. Il est encore au stade de la convivialité et il s'interroge : Peut-il dépasser ce stade ? -

Cinq verres

Cinq verres et on va s'arrter la. Il n'est pas nécessaire qu'elle les boive pour pressentir que cela pourrait nuire à son efficacité. Une dose inférieure sera suffisante pour le motiver, mais au delà il a tendance à s'assoupir. Cinq verres. Cinq verres bien remplis qu'il a vidés avec méthode. Cinq sur cinq. Il célèbre ainsi un nombre de Fibonacci, la somme de deux et trois ainsi que le troisième nombre premier après deux et trois.§Ce cinquième verre est une célébration des cinq sens. La bouteille a teinté contre le verre pour célébrer l'ouïe. Il a soulevé le verre pour apprécier la couleur du breuvage et célébrer le regard. Et puis ses lèvres ont apprécié la température du breuvage pour l'entrée en scène du toucher. Enfin le cinquième sens a pu s'exprimer avec toutes ses nuances pour lui permettre d'apprécier le goût.§Peut-il raisonnablement en rester là et ne pas s'interroger sur l'existence de sensations nouvelles pour aller encore au delà ? -

Sept verres

On arrive a six ou au dela vous ne savez pas. Il n'a que peu de choses à dire sur le chiffre six. Par contre sept évoque une rose aux sept pétales. Ce sont les sept rayons de la statue de la Liberté qui symbolisent les sept mers et continents. Comme il y a sept merveilles du monde, sept est incontournable, il ne va jamais au delà. Luxure, avarice, envie, orgueil, paresse, gourmandise et colère, ils sont sept péchés capitaux. Il boira un septième verre pour conjurer le sixième, mais il ne va jamais au delà. Hé bien dans quel état ! Mon pauvre tu n'imagines pas l'état de ton foie. Bien sûr c'est toi qui décide, mais moi tout de même je m'inquiète !§Huit verres c'est certainement trop. Sept était suffisant, cela en faisait un pour chaque jour de la semaine. Il n'est pas raisonnable d'aller au delà.Il a maintenant absorbé le nombre précis de verres qui convient au bon fonctionnement de ses mécanismes mentaux. Il va poursuivre ses démarches.#' Il peut maintenant pousser la porte pour sortir du bar. Il a rendez-vous avec une riche cliente. Une dame qui ignore où se trouve son mari. -

Un accident

Les limbes

Il a brusquement tourné à droite alors que j'étais en pleine accélération. C'est un truc que j'aime bien. Je les laisse filer devant. Il ont à peine parcouru cent mètres et ils commencent à se prendre pour des champions avec leurs voitures ridicules et c'est alors que je les double et ils ont à peine le temps de me voir passer. Ils ont l'impression de faire du sur place.
J'étais en pleine accélération quand je l'ai vu piler pour tourner à droite. J'ai vu sa voiture grossir et devenir un obstacle. J'ai compris que ma roue avant était venue s'exploser sur son aile arrière droite dans le court instant où j'ai plané.Durant un court instant j'ai contemplé le ciel. J'ai traversé les limbes avant le dur contact avec le sol, et puis ange dépourvu d'ailes, je suis venu m'affaler dans ce lit blanc immaculé. Ce matin je ne me sens pas très bien. J'ai l'impression de ne plus avoir de corps. Hier j'avais mal partout.
Aujourd'hui je ne ressens plus aucune douleur et je suis angoissé au lieu d'en être apaisé. Mes yeux me permettent d'apercevoir les murs de la chambre, par contre il m'est impossible d'apercevoir mon torse, pas plus que mes membres que je ne parviens pas même à remuer. Et ce corps et ces membres sont ils encore bien là ? Après tout ma tête est bien le seul élément sur lequel je peux encore compter. Mais pour le reste ? Mon torse, mes bras et mes jambes pourraient aussi bien avoir disparu. Non, cela ne se peut pas. Ma tête ne peut fonctionner seule. Son fonctionnement nécessite la collaboration du reste de mon corps. J'ai toujours un corps car je trouve que ma tête fonctionne plutôt bien. J'ai un corps c'est sûr ! Oui, mais dans quel état ?
Un visage auréolé de cheveux blonds me sourit. C'est un être d'une bonté sans limites qui m'a conduit jusqu'à la porte de son monde. Elle m'a tenu par la main pour m'accompagner un temps, tandis que je flottais dans un ciel limpide, détaché des dures réalités terrestres. En sa compagnie j'ai traversé un monde ignorant des obligations de la survie quotidienne.Je m'attarde encore sur le seuil du réel. Difficile de dire le moment où l'on passe à un état conscient. Ce qui me réveille vraiment c'est une douleur au niveau du bras. Et pui il y a cette odeur bizarre qui me fait mal au crâne. La logique est respectée, si j'ai mal un peu partout c'est parce que je suis sur un lit d'hôpital. J'entends des bruits de pas dans le couloir. Un plafond blanc vivement éclairé vient dissiper mon brouillard.Il doit y avoir un problème. Ce ne sont pas seulement les bruits les imgs et les odeurs qui m'ont averti, j'ai essayé de bouger un bras mais il est resté inerte.J'entends encore le grincement des roues d'un chariot dans le couloir. Une conversation entre deux femmes me parvient. Elles ont dû approcher de la porte de ma chambre et à présent j'entends leurs voix qui s'éloignent. J'essaie de les apercevoir mais c'est impossible car je ne parviens pas à tourner la tête. Il n'y a rien à faire. Il faut seulement attendre. Fixer le plafond. Ecouter les bruits qui parviennent du couloir, le bruit d'une porte qui s'ouvre, le tintement des objets que l'on pose sur la tablette auprès de mon lit. Une main vient se glisser sous ma nuque, tandis que l'on glisse un cachet entre mes lèvres. La pression sous ma tête est calme et douce. Une main vient se poser sur mon front, la caresse d'une mère pour son enfant.
Tandis que je prends conscience de ma dépendance, j'apprécie une situation qui m'avait toujours parue improbable. J'aitoujours lutté pour ne jamais dépendre de qui que ce soit et me voila parfaitement impotent. Pour la satisfaction du moindre de mes besoins, je dépend d'autrui. Voila qu'au lieu de provoquer en moi une réaction de panique, cette situation me paraît confortable.Et puis je ressens une difficulté à respirer. La tristesse commence à m'envahir alors que je prends conscience de l'endroit où je me trouve. Je suis dans un hôpital, mais ce n'est pas n'importe quel hôpital. Il n'y a qu'un seul hôpital sur l'île et je suis dans son hôpital, probablement au service des urgences. Cette situation est vraiment bien loin de me réjouir. Le vide qui était dans ma tête commence à se peupler. Ce ne sont pas les pièces finement découpées d'un puzzle, mais les quelques minces repères dont je me saisis pour ne pas poursuivre ma dérive . J'assemble avec difficulté les fragments de ma mémoire comme s'il était possible de retrouver cet être engendré par l'infini. J'essaye de comprendre ce qui gît à présent sur ce lit. Ce n'est plus véritablement un corps, c'est un esprit destiné à souffrir d'une absence.Je suis sûr qu'il l'a fait exprès. Encore un qui n'aime pas les motards. J'ai bien remarqué le regard qu'il m'a lancé alors que j'étais arrêté à sa hauteur au feu rouge. Quand le feu est devenu vert il a démarré brutalement en faisant crisser ses pneus. En fait j'aurai pu lui en mettre plein la vue avec ma machine, mais je n'avais aucun goût pour la compétition à ce moment là. Je l'ai laissé partir devant. Il l'a fait exprès, j'en suis sûr.
Pour autant que je puisse en juger, ma vue ne s'est pas détériorée. En tout cas ils n'ont pas jugé utile de poser des lunettes sur mon nez. Au moment de l'accident, mes lunettes étaient dans une poche de ma veste, rangées dans un étui. Ils ont du se dire que je n'allais pas en avoir besoin. Ils m'ont classé dans la catégorie des légumes. Si je parvenais à ouvrir la bouche je pourrai peut être les réclamer, mais je sens bien que ma mâchoire est bloquée. Ma vue est intacte. Il faut que je retienne les points positifs. Ceux qui me restent. Je n'avais pas une bonne vue. Elle n'est ni pire ni meilleure.J'ai la bouche pâteuse. Je me lave les dents tous les matins. Est-ce qu'ils ont quelque chose de prévu pour cela ? J'ai comme l'impression que c'est une situation qui risque de durer. Et puis ce n'est peut être pas nécessaire. Puisque je ne peux pas remuer la mâchoire, ils utilisent sans doute un tuyau. J'ai vu ça dans les films. A présent c'est à moi de sourire à la caméra. Ca va être difficile. Je le sens pas ce rôle.
Paquet inerte posé entre deux draps, je suis passé du statut d'objet comateux à celui d'être conscient mais impuissant. Comme je peux à peine tourner la tête, mon horizon est limité. Les bruits et les voix qui me parviennent sont les seuls ingrédients de mon imaginaire. En tout cas un point est maintenant établi : elle n'est pas venue me voir. C'est d'autant plus troublant que la clinque dans laquelle je me trouve est très certainement celle dans laquelle elle exerce. Elle ne travaille pas aux urgences, elle se trouve dans le service voisin, en réanimation. Je n'ai pas encore été opéré, il est donc logique que je ne sois pas encore dans son service. Elle a toujours évité de s'investir dans notre relation. Elle a toujours affirmé son autonomie, une attitude que je trouvais insupportable. J'aurai pu en prendre mon parti. Après tout cette relation n'était pas exigeante puisque notre accord était basé sur le partage de quelques moments agréables. Cela aurait pu durer longtemps encore. Et puis je me suis lassé de ces rites immuables, de ces fatigues insurmontables, de ces mécanismes d'horloge. J'aurai pu me contenter de cesser de venir la voir. Il n'est pas certain qu'elle m'aurait réclamé. Nous avions défini le cadre de nos rencontres dans des termes qui permettaient à l'un comme à l'autre d'affirmer une existence indépendante. Elle tenait à m'affirmer que sa soumission à mes fantaisies n'était dictée que par une pure gentillesse de sa part, alors qu'il paraissait évident qu'elle trouvait quelque plaisir dans ses abandons. Un soir elle a déclaré qu'elle ne souhaitait pas me recevoir et cela m'a mis en fureur. J'ai mis en doute son dévouement pour ses malades. Je me suis moqué de son existence de nonne. Je suis parti en claquant la porte. Une fois de plus cette façon de soumettre nos rencontres aux impératifs de son calendrier m'avait rendu furieux. Je lui ai exprimé durement ma façon de voir les choses mais cela ne n'a pas suffi à me calmer. Après l'avoir quittée j'ai démarré ma moto et je suis parti en trombe. En arrivant sur la route de l'ouest j'ai encore accéléré. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai eu cet accident. Voila un mouvement de colère qui me coûte cher et comme je l'ai toujours pas aperçue, je suppose qu'elle n'es pas disposée à alléger la facture.
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Coller ou couper ?

Asseyez vous !

Sa tête est apparue dans mon champ visuel. Il est vêtu d'une blouse blanche et il porte des lunettes. Il m'adresse un sourire. Il trouve peut être la situation réjouissante ? J'ai l'impression qu'il observe un nouvel objet d'études. Je fais un effort désespéré pour ouvrir la bouche et l'assurer de ma mauvaise humeur. Peine perdue. Je n'ai que mon regard pour manifester ce que je ressens en ce moment et je ne sais trop si ce qu'il exprime le plus est de la colère ou de la détresse.
- Bonjour ! Je sais que vous m'entendez. Je vais procéder sur vous à quelques tests. A tout moment si vous sentez ce que je vous fais fermez les yeux. Faites le maintenant si vous m'avez compris.
Bien sûr que j'ai compris. Docilement je cligne des yeux. Je le vois qui saisit un de mes bras. Je devrais sentir la pression de ses doigts sur mon poignet mais aucun signal n'est parvenu jusqu'à mon cerveau. Du coin de l'oeil je l'aperçois qui s'affaire. Je l'ai vu se saisir d'un objet métallique. A présent il doit me le passer sur le bras. Je ne sens rien. Il m'observe. Je détourne les yeux. Je sais qu'il y a de la frayeur dans mon regard. C'est une évidence qui grandit, une terreur qui gagne : je suis foutu. Je vais devenir une saloperie de légume. Son visage revient me dominer. Je ne supporterais pas l'ombre d'un sourire. Son regard est grave.
- Nous allons changer de service pour faire quelques radios.Il me semble qu'il a posé sa main sur mon épaule. Est-ce un geste pour m'assurer de son soutien ? Il sait bien que je ne sens rien.
Un infirmier est entré. Sans un mot il procède à quelques manoeuvres. Je lui sais gré de ne pas m'adresser la parole. Il évite ainsi le monologue. En fait mon lit est mobile. Si la situation n'était pas tragique je m'amuserais d'être passé de deux à quatre roues, et avec chauffeur en plus ! Je vois sa tête au dessus de la mienne tandis qu'il pousse mon lit dans le couloir. Il semble parfaitement indifférent. Pour lui, je représente une corvée supplémentaire. C'est un meuble qu'il déplace.Pour ce que je peux apercevoir, la pièce comporte tout un appareillage électronique. On s'agite autour de moi. Deux infirmiers m'ont déplacé sur un chariot. J'entends le bruit d'un moteur électrique et je rentre lentement dans une sorte de tunnel. Je vois ce que c'est. Ca doit être un de ces appareils qui permettent de faire des photographies de mon cerveau. Ca va donner des photos colorées comme j'en ai déjà vu au cinéma. Aucun rapport avec le magma aux couleurs sombres qui encombre ma tête. De toutes façon ils peuvent bien me faire subir tous les examens qu'ils veulent. Je ne suis plus concerné. Je suis foutu, paralysé.
Elle est certainement dans cet hôpital et elle doit se préparer à me déchiqueter tout à loisir. Elle n'a rien dit et c'est bien pire, elle se prépare à me faire souffrir. Je suis à sa merci. Elle va pouvoir me torturer et faire passer pour du dévouement ce qui sera de l'acharnement. C'est seulement dans le sommeil qu'il me serait possible d'échapper à la conscience de mon état d'être dépendant. Je suis resté éveillé depuis un temps indéterminé. Esprit sans corps, la fatigue que je ressens résulte de toutes ces évidences qui ont assailli mon esprit pour énoncer l'évidence de ma déchéance. J'ai repris conscience. Une lumière me parvient. J'ouvre les yeux. Elle fonctionne. Ma tête fonctionne. Il n'est pas sûr qu'elle permette une bonne coordination de tout le reste. Elle a au moins le mérite d'être là. Comme je suis plutôt étourdi j'ai souvent entendu ma mère me déclarer que j'allais l'oublier. Je l'ai parfois perdu pour une jolie fille. Elle est bien là. Je le sens d'autant plus qu'elle est le lieu de la conscience de tout ce qui est absent. J'ai senti qu'il y avait de l'agitation autour de moi. On s'est aperçu de mon retour à la vie. J'entends des pas qui s'éloignent. J'entends la voix d'un homme. Un visage apparaît. Il porte une blouse blanche. - Vous avez eu un malaise. C'est normal avec tous les médicaments que vous avez absorbés. Pourtant je peux vous dire que vous avez une chance inouïe. Vous ne resterez pas paralysé.Il a positionné des radios sur un écran.
- Vous avez beaucoup de chance Monsieur. Vous devriez être mort ou au moins tétraplégique Votre colonne vertébrale aurait dû se briser en sectionnant du même coup la moelle épinière mais vous y avez échappé de justesse.
- Quel est le problème ?
- Syndrome compressif de la moelle épinière. D'après ce que l'on m'a dit de la violence du choc, vous vous en sortez plutôt bien. - Asseyez vous !
Il se moque de moi ? Après tout il est médecin. Avec un effort considérable je parviens à décoller mes épaules de l'oreiller. C'est fantastique !
- Vous allez vous en tirer. Vous allez devoir rester encore allongé pendant une semaine. Ensuite vous pourrez commencer une rééducation et dans un mois vous serez entièrement rétabli. Vous vous en tirez bien.
Il a beau sourire, je lui trouve un air sévère. Qu'est-ce qu'il a ? Il considère que je ne mérite pas de m'en tirer ? Qu'est-ce que ça peut lui faire ? Est-ce qu'il la connaît ? Il connaît certainement toutes les infirmières qui travaillent dans cette clinique. Après tout j'en ai appris fort peu sur les personnes qu'elle fréquente dans son milieu professionnel. Je trouvais sa profession suffisamment envahissante, mais je n'avais jamais envisagé de me retrouver un jour dans son service.
- Pour l'instant évitez de vous agiter. Vous avez encaissé un sacré choc. Il vous faut du repos.
En tout cas j'ai mal au ventre. L'effort que j'ai fait tout à l'heure pour me soulever m'a fait mal au ventre. Je crois que je n'ai jamais été aussi content de sentir une douleur. Je prends conscience de mon souffle qui soulève les draps. Je me sens euphorique. J'ai pu me soulever et ma perspective de la vie a changé du tout au tout quand j'ai pu apercevoir la forme de mon corps sous les draps. -

J'ai des bras

C'est comme si je ressuscitais. Après tout j'ai un corps et jusqu'à un moment récent je n'avais aucune certitude sur ce point. Quand le choc contre la voiture a eu lieu, je suis resté conscient pendant quelques instants. Après j'ai perdu conscience. A la vitesse à laquelle je me souviens d'avoir plané il est vraiment extraordinaire que je puisse maintenant me contempler en un seul morceau. J'ai des bras. Il suffit que je me concentre. Je les sens étendus sur les draps. Ils peuvent me servir. Je me concentre. En me tournant légèrement j'arrive à trouver un appui sur un bras. Je parviens à me soulever un peu plus. Qu'est -ce qu'il m'a dit ? D'éviter de m'agiter ? Arriver à poser ma tête sur l'oreiller, est-ce de l'agitation ? C'est long une semaine !
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J'ai des jambes

Je n'ai pas le droit de me lever. J'ai des jambes, mais je n'ai pas encore le droit de m'en servir. Je peux tout de même vérifier qu'elles sont bien là. Je soulève les draps et je peux les voir. Ils m'on mis un pyjama bleu. -

C'est elle !

Je ne l'ai pas vue et je n'ai pas entendu sa voix. Pourtant il se pourrait bien que je me trouve dans la clinique dans laquelle elle travaille. La probabilité est assez forte. Si c'est le cas elle ne m'a pas manifesté sa présence. Si nous nous étions quitté en bons termes, elle serait venue jusqu'à mon lit pour m'adresser un sourire, pour me manifester son soutien. Le problème c'est que la dernière fois où nous nous sommes vus, nous ne nous sommes pas quittés en bons termes. Elle a certainement été avertie de mon accident. -

Réanimation

Je me réveille ce matin avec une impression étrange. C'est un rêve que je fais parfois. C'est sans doute lié à un excès de travail devant les écrans d'ordinateur. Lorsque j'en prends conscience je suis effrayé de l'ampleur de mon délire. Je ne sais pas pourquoi j'ai ce sentiment de me percevoir comme une machine. Ce dernier rêve a été tragique. Je ne disposais pratiquement plus d'aucun espace libre sur le disque dur matérialisant mon cerveau, lorsque le méchant virus m'est apparu. Il ressemblait à un homard. Je recherche toujours une cohérence dans mes rêves. C'est sans doute lié à cet épisode qui remonte à une quinzaine de jours quand j'avais accompagné un ami dans une chasse aux homards. Coupé ! Je ne suis pas encore très réveillé, mais je sens bien que l'atmosphère est différente. Tandis que je me réveille, je comprends pourquoi : j'ai changé de service. Ils m'ont mis en réanimation. Je suis dans son service. Je sens un malaise qui me gagne. Qu'est-ce qui ne va pas ? Si je suis dans le service de réanimation c'est que j'ai été opéré. Il n'a jamais été question d'une opération ! Qu'est-ce qu'ils m'ont fait ? Perdre une partie de mon disque dur, ce n'est pas si grave. C'est une perte virtuelle. Mais est-ce vraiment tout ? -

Plus de bras !

JE N'AI PLUS DE BRAS
Coupé !Cette nuit j'ai encore fait un de ces rêves horribles dans lesquels je me prends pour une machine. Cette fois mon ennemi s'attaquait à une de mes pages. Il avait entrepris de dévorer une page que j'avais écrite pour l'internet. C'était un homard qui était particulièrement friand de mes balises de code html. Je voyais disparaitre toutes les mises en forme de mes paragraphes et de mes polices de caractères. Je me suis réveillé en sueur. Convaincu d'une destruction irrémédiable, je me suis réveillé tout à fait et déjà j'étais préparé à la mauvaise surprise qui m'attendait. J'ai vu une lueur de triomphe dans son regard. Elle tendait une cuillère vers ma bouche. C'est normal : je n'ai plus de bras ! -

Plus de jambes !

JE N'AI PLUS DE JAMBES
Coupé ! C'est elle ! Je la vois qui s'avance vers moi, le sourire aux lèvres. Je reconnais sans peine son parfum car c'est moi qui le lui ai offert. Elle se penche vers moi. Elle glisse un bras sous mes reins et un autre sous mon cou et lorsqu'elle me soulève avec une aisance qui me parait tout à fait invraisemblable je découvre l'horreur : je n'ai plus de jambes ! -

Organisme

JE NE SUIS PLUS QU'UN ORGANISME
Je ne sais plus que dire de mon état. Tout commentaire me paraît déplacé. Je ne suis plus qu'un organisme. Me voila réduit à l'essentiel. Finalement mes rêves ne sont pas absurdes. On n'a jamais imaginé un ordinateur avec des bras et des jambes. Ou bien il s'agit d'androïdes et on rentre dans le domaine de la science fiction. Je n'ai rien à voir avec ça. Mes rêves me paraissent beaucoup plus rationnels. Je suis doté d'une excellente unité centrale. Par ailleurs je n'ai plus de problèmes avec mon disque dur depuis que j'ai lancé cette opération de restauration. Quelques problèmes de mémoire subsistent encore. Je devrais lui demander de me fournir quelques barrettes supplémentaires. Sur mon écran je la vois qui s'approche. Elle me caresse la joue avec une très grande douceur. Lorsque je cligne un oeil, elle m'apporte un verre d'eau. On se comprend. Mon système est parfaitement opérationnel. D'ailleurs je viens de recevoir quelques mails. -

Table de poker

La salle de poker

Georges a ses habitudes. Il n'ouvre jamais avant 11 heures du matin. C'est comme ça. Dans l'emploi du temps de sa journée les premières heures de la matinée lui appartiennent. Il rentre le soir chez lui vers 9 heures. C'est sa femme qui vend les jetons destinés au joueurs de poker. Une perle cette femme là. Elle est là jusqu'à 9 heures 30. C'est une règle que tout le monde respecte. On sait que la salle restera fermée jusqu'à la dernière manche et cela arrange tout le monde. Vers les 2 heures du matin c'est le fils de Georges, un garçon d'à peine 20 ans qui ouvre le bar et qui se pointe avec les rafraichissements. Le gamin est sérieux. Il ne joue pas il est étudiant en médecine.
Les parties se terminent vers les 2 heures du matin. Les joueurs viennent récupérer leurs sous dans les jours qui suivent. Tout le monde sait qu'il n'y aura pas d'embrouille. Si le fils de Georges n'est pas là pour ouvrir le bar au petit matin, il est tout de même possible de prendre un café. Georges a installé un percolateur dans un coin de la salle de poker. Chez Georges on sait recevoir.
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Emprunter ?

La raison me commande de ne pas jouer. Le problème c'est que je ne suis pas raisonnable. Georges veut bien me faire crédit mais ma dette ne peut pas dépasser 10. Il me faut acheter au moins 5 jetons.

Fauché

Chez Georges tous les joueurs se connaissent. Selon une règle non écrite il est exclu de faire son entrée dans la salle de poker sans disposer d'un minimum de 5 jetons.

Surendetté

Il faut trouver des sous. Il m'est impossible de jouer -

Achat jetons

Les jetons sont de couleur jaunes. Non il n'y a pas de disparitions. Au dessus de 10 on inscrit des chiffres. Avant d'aller jouer il faut acheter des jetons (au moins 5) ... -

Se coucher

Regarder les autres jouer cela peut être reposant ... -

Nouvelle manche

La blinde résulte d'un tirage aléatoire.

Hold

Une carte à la fois pour chaque joueur, jusqu'à ce que tout le monde en ait deux. C'est ce qu'on appelle les "hole cards", les cartes privatives.
Les jetons misés sont rouges. Si je ne mise pas je me couche. Je peux suivre en misant autant que la blinde. Je peux relancer en misant davantage que la blinde. Quand le tour de table sera terminé on passera à la suite. -

Flop

Il y a maintenant 3 cartes.
Comme je commence à connaître mes petits camarades je les observe en essayant de deviner les cartes qu'ils ont entre les mains. -

Turn

Il y a maintenant 4 cartes. -

River

Il y a maintenant 5 cartes sur le tapis et je vais établir ma main en cliquant sur les cartes. Tricher moi ? Jamais ! -

Stop ou encore ?

il pourra peut être s'offrir une nouvelle moto ... -

Vers la sortie

Il est temps de retrouver la sortie. -

Coupables

Des coupables

Rue Lantiez, un immeuble de six étages-

Max

Work in progress -

Olga

Olga me dit qu’elle m’aime et je sais parfaitement que c’est faux. Je sais qu’Alice m’aime vraiment, elle pas besoin de me le dire. Alice a une façon d’agir à mon égard qui rend tout discours inutile. Chez Olga l’usage immodéré du mensonge me déconcerte. Olga me dit qu’elle m’aime et je veux la croire, alors que je sais parfaitement qu’elle me ment. La vérité est infiniment triste : ce qu’Olga aime chez moi c’est l’image valorisée de sa personne que je lui renvoie. C’est une affection assez étrange, mais bien réelle cependant. Olga sait bien ce qu’il en est réellement, mais elle trouve des arrangements, elle accommode sa sincérité, elle pourrait sans doute dire que nous nous aimons sur des bases différentes. Je connais parfaitement les moindres détails de son corps et j’aime passionnément ses formes. J’aime ses formes, ses attitudes et son sourire. Je fais l’impasse sur une masse d’inculture et d’ignorance. J’aimerais encore en être sûr. Les qualités plastiques sont indéniables. Il y a tout de même quelques limites quand on abandonne d’indéniables qualités esthétiques pour aborder la subtilité du raisonnement et l’étendue de la culture. Cette mécanique là a un fonctionnement rudimentaire, basé sur une pratique très élaborée de la séduction. Le piège qu’elle me tend est assez grossier. En fait c’est assez simple et tout le travail se fait en surface. L’esthète est fasciné mais il se garde d’explorer davantage, tant il sait qu’il n’y a qu’un grand vide derrière les beautés de la surface. Mes doutes sur la sincérité d’Olga restent présents en permanence. Je sais combien cette relation est superficielle et je sais qu’il faudra bien déchirer le voile pour rompre avec une mauvaise habitude. Comment en suis-je arrivé là ? En fait je n’ai aucun goût particulier pour les relations multiples. Cela s’est fait ainsi. -

Alice

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Alan

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La maison de J.C.

Olga

Olga me dit qu’elle m’aime et je sais parfaitement que c’est faux. Je sais qu’Alice m’aime vraiment, elle pas besoin de me le dire. Alice a une façon d’agir à mon égard qui rend tout discours inutile. Chez Olga l’usage immodéré du mensonge me déconcerte. Olga me dit qu’elle m’aime et je veux la croire, alors que je sais parfaitement qu’elle me ment. La vérité est infiniment triste : ce qu’Olga aime chez moi c’est l’image valorisée de sa personne que je lui renvoie. C’est une affection assez étrange, mais bien réelle cependant. Olga sait bien ce qu’il en est réellement, mais elle trouve des arrangements, elle accommode sa sincérité, elle pourrait sans doute dire que nous nous aimons sur des bases différentes. Je connais parfaitement les moindres détails de son corps et j’aime passionnément ses formes. J’aime ses formes, ses attitudes et son sourire. Je fais l’impasse sur une masse d’inculture et d’ignorance. J’aimerais encore en être sûr. Les qualités plastiques sont indéniables. Il y a tout de même quelques limites quand on abandonne d’indéniables qualités esthétiques pour aborder la subtilité du raisonnement et l’étendue de la culture. Cette mécanique là a un fonctionnement rudimentaire, basé sur une pratique très élaborée de la séduction. Le piège qu’elle me tend est assez grossier. En fait c’est assez simple et tout le travail se fait en surface. L’esthète est fasciné mais il se garde d’explorer davantage, tant il sait qu’il n’y a qu’un grand vide derrière les beautés de la surface. Mes doutes sur la sincérité d’Olga restent présents en permanence. Je sais combien cette relation est superficielle et je sais qu’il faudra bien déchirer le voile pour rompre avec une mauvaise habitude. Comment en suis-je arrivé là ? En fait je n’ai aucun goût particulier pour les relations multiples. Cela s’est fait ainsi. -